Au tribunal des livres

L’affaire Thélyson Orélien agite le landerneau littéraire. Un auteur peut-il utiliser un outil d’intelligence artificielle (IA) pour écrire un roman ? Les réactions à la parution de C’était ça ou mourir, le livre de l’auteur québécois d’origine haïtienne, sont nombreuses et diverses. Entre les «scandaleux !» et les «pourquoi pas? »,les uns jugent le livre de piètre qualité, les autres le trouvent d’assez bonne facture.On apprend même qu’avant le soupçon d’utilisation de l’IA, certains avaient pensé que le livre de Thélyson Orélien pouvait entrer en lice pour le Goncourt…

L’IA bouscule nos habitudes, mais ce ne sera pas mon propos ici. Je préfère poser (reposer plutôt) une question : IA ou pas IA, qui décide qu’un livre est bon ? On a parfois l’impression que les auteurs doivent se présenter devant un tribunal des livres pour avoir le droit d’exister. En fonction du verdict prononcé par les jurés, ils sortiront auréolés d’un prix ou s’éclipseront par une porte dérobée.

J’ai déjà signalé ici à quel point je détestais le concept de «rentrée littéraire», mais plus globalement c’est le système qui associe médias et éditeurs qu’il faut questionner. Les critiques littéraires ont le pouvoir de tuer un livre ou de le porter aux nues. Mais ce fonctionnement n’appartient-il pas déjà au monde ancien ? Une autrice me confiait récemment qu’elle avait choisi de ne plus passer par l’édition traditionnelle. Elle publie tous ses livres en auto-édition et ils se vendent à plusieurs milliers d’exemplaires. «Cela ma va très bien, dit-elle. Le seul jugement qui compte pour moi c’est celui des lecteurs et ils sont au rendez-vous». Beaucoup rétorqueront que l’immense majorité des livres auto-édités sont de mauvaise qualité et que les chiffres de vente ne peuvent être le seul critère à prendre en compte. Pas faux. Mais on dit aussi qu’un éditeur offrirait, lui, la garantie de ne pas mettre n’importe quoi sur le marché. Or, ce n’est pas toujours vrai, vous en conviendrez sans doute.

En tout état de cause, les canaux qui permettent à un livre d’avoir une chance d’être lu se sont multipliés et ils imposent de plus en plus aux auteurs de s’impliquer dans cette promotion. «Il faut vous appuyer sur votre réseau !» disent les éditeurs. Alors, fonçons sur Facebook et Instagram, allons de salons du livre en conférences… Désormais, non seulement il faut écrire le livre mais il faut tenter de jouer les influenceurs. Le lecteur potentiel va t-il acheter votre livre parce qu’il en a lu une critique dans le journal, ou parce que sa communauté «d’amis» Facebook le recommande ?

En bonne logique, je termine ce billet d’humeur avec un peu d’auto-promotion. J’ai publié en 2024 un livre, auto-édité (ma seule expérience de ce genre à ce jour), qui raconte mon rapport à la photo et aux photographes. J’en ai déjà dit un mot ici. Il est toujours possible de le commander en ligne. Et, promis, aucune trace d’IA dans ce petit bouquin.


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Une réponse à « Au tribunal des livres »

  1. Avatar de Marc Mangin Bloggeur

    « Plusieurs milliers d’exemplaires »tous ses livres en auto-édition et ils se vendent à plusieurs milliers d’exemplaires ». C’est pas bien de donner de faux espoirs.

    Aimé par 1 personne

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J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’attends la prochaine étape.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026

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