Étiquette : Nord

  • Pavés du Nord

    « Dans le Nord, nous avons la culture du minéral », expliquait il y a quelques années un élu lillois pour tenter de justifier le manque d’espaces verts. Depuis, Lille est un peu moins pauvre en verdure, mais les pavés sont toujours là et tant mieux car ils donnent de la force aux rues et aux places. Mieux : par endroits de nouveaux pavés sont venus remplacer les anciens, trop fatigués.

    Et ces pavés ne donnent-ils pas envie de voir la ville en noir et blanc ?

    (Devinette : l’une de ces photos n’est pas prise à Lille. Cherchez un peu !)

  • Ceux qui aiment la gauche prendront le train

    1982. Dans un TER du Nord-Pas de Calais – Photo © Marc Capelle

    C’était au siècle dernier. En 1982. Pierre Mauroy était Premier ministre et maire de Lille, et il effectuait un déplacement dans le Nord accompagné du ministre de l’Industrie, Pierre Dreyfus. François Mitterrand était président de la République depuis le 10 mai 1981. C’était l’époque de la gauche heureuse.

    Alors, on est tous montés dans le train. Elus, responsables politiques, flics, journalistes… on s’est retrouvés dans un bon vieux TER, en route vers Dunkerque ou peut-être Valenciennes. Mauroy avait des annonces à faire et on allait assister au spectacle. L’ambiance était légère. Autour du Premier ministre, de Noël Josèphe, président de la Région Nord-Pas de Calais, de Bernard Roman, directeur de cabinet de Mauroy à la mairie de Lille, du préfet et autres huiles, on reconnaissait des militants socialistes qui avaient pris du galon.

    Le train roulait tranquillement. Sans doute pas vers l’avenir radieux du socialisme, mais peut-être vers des jours meilleurs. A l’arrivée, quelques centaines d’hommes et de femmes enthousiastes allaient accueillir leur Pierre, leur géant du Nord, pour marcher avec lui, le coeur léger, jusqu’à la tribune dressée pour les discours.

    Personne ne voyait, au loin, venir les nuages. Personne ne savait que viendrait le temps de la rigueur. Personne n’imaginait les années difficiles et les renoncements.

  • Quand je brûlais des cierges

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    L’après-midi, l’église du village de mes grands-parents était vide. Nous entrions discrètement – à cette époque, les années 60, les églises étaient ouvertes en permanence en journée – et nous allions droit au but. « Nous », c’était moi et un garnement de mon âge mais plus déluré que le garçon bien sage que j’étais alors. Le grand jeu consistait à saisir quelques cierges sur le présentoir près du bénitier et de la statue de Sainte-Rita ou de Saint Antoine de Padoue, à les allumer puis à faire tomber la cire brûlante. En coulant, elle formait des petites bulles qui éclataient délicieusement sur le sol. Nous étions bêtement contents de nous et, évidemment, nous recommencions le lendemain et le surlendemain. Nous étions en vacances et il fallait bien trouver quelques occupations un peu plus originales que le sempiternel tour à la plage.

    La plage… De temps en temps, nous nous glissions aussi à l’intérieur de la petite chapelle dédiée aux marins et qui lui faisait face. Nous regardions silencieusement les ex-voto cloués sur les murs. Rien dans ce lieu ne nous inspirait la moindre farce. La mémoire des marins perdus en mer et de leurs familles en deuil imposait le respect aux citadins que nous étions, impressionnés par ce monde inconnu et inquiétant. Parfois, au coin d’une rue, je voyais, à pas menus, arriver mon arrière grand-mère vêtue de noir. Les gens du coin l’appelaient « mémère bigotte », paradoxalement parce qu’elle n’aimait guère fréquenter l’église où je m’amusais en cachette. Elle me faisait peur, alors je changeais de trottoir.

    La Petite Chapelle des Marins dans les dunes Années 1960
    phare
    La Petite Chapelle des Marins dans les dunes Années 1960
  • Couleurs de Fives

    Photos © Marc Capelle

    Il serait facile de faire dans le misérabilisme et de présenter Fives sous son angle triste, en noir et blanc, prisonnier de son passé industriel. Pourtant, à quelques centaines de mètres du beffroi de l’hôtel de ville de Lille, ce quartier populaire est bien vivant et, malgré quelques idées reçues, il offre beaucoup plus de couleurs qu’on ne l’imagine souvent.

    Précisions pour ceux qui ne sont pas familiers de Lille : on connait généralement la Grand-Place, les commerces chics de la vieille ville, le Palais des Beaux-Arts, les gaufres… Mais cette vitrine tient dans un mouchoir de poche car – on  ne le sait pas toujours – avec 230 000 habitants, Lille n’est pas une vraie grande ville. C’est la métropole lilloise qui compte un million d’habitants et 90 communes. Des poids lourds comme Roubaix, Tourcoing ou Villeneuve d’Ascq et surtout beaucoup de petites communes.

    A quelques centaines de mètres du beffroi de l’hôtel de ville de Lille, le quartier populaire de Fives, loin des touristes et des offres commerciales étouffantes, est assez encourageant pour qui s’intéresse à l’urbanisme. La plupart des courées ont été réhabilitées. Le site des prestigieuses usines Fives Cail Babcock, qui produisaient autrefois des locomotives, des charpentes métalliques, a été revisité et accueille notamment un lieu de restauration alternative, tout près d’un lycée hôtelier flambant neuf. On trouve aussi à Fives des espaces d’expositions et de création artistique dignes d’intérêt.

    Malheureusement, séparée du reste de la ville par un périphérique décourageant, Fives reste à l’écart de Lille, malgré le métro qui met le quartier à trois minutes du centre.

    On ne dira pas pour autant que Fives est un petit paradis. L’habitat est par endroit très dégradé et la situation sociale de nombreux habitants est préoccupante. Mais on voit bien que, sans faire beaucoup de bruit, des efforts sont faits çà et là pour préserver une vie de quartier. Pour l’identité des Lillois, c’est important.

  • Lille, ma ville

    Photos © Marc Capelle

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’ouvre l’oeil.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026