Étiquette : IA

  • Je est (peut-être) un autre

    photo © M. Capelle

    Malheurs et joies de nos vies numérisées. Qui suis-je ? Puis-je être un autre ? Un autre peut-il être moi ?

    Ici, des escrocs, sur un réseau social, nous invitent à vérifier notre identité pour, en fait, s’en emparer.
    Là, un pauvre gars reçoit un courrier très officiel qui lui apprend qu’il est mort.
    Et, dans les bas-fonds du Web, des images pornographiques sont associées à des photos de visages volées.

    En ce siècle, être soi ne va plus de soi. Mais être un autre est à portée de clic et demande moins de travail et de talent qu’à Romain Gary lorsqu’il a choisi, le temps d’un roman, de devenir Emile Ajar.

    Ainsi, l’IA peut nous construire un nouveau Moi en deux secondes. Tout à l’heure j’étais Théo von Alterburg, 46 ans, diplomate allemand, en poste à Berlin, pour les questions culturelles et technologiques. Maintenant, mon IA – qui ne manque pas d’air – me propose d’être un type qui se prend pour Romain Gary. Je cite : « un diplomate et dandy, avec cette touche d’ironie tragique, de panache littéraire et de vie aussi dense qu’un roman… Voici une identité taillée sur mesure pour un homme qui se prend pour l’auteur de La Vie devant soi et Les Racines du ciel, mais en version 2026, entre Mitteleuropa et café philosophique. ». Et, évidemment, mon assistant numérique développe son propos et me livre une identité complète. Un déguisement pour vivre ma vie comme un bal masqué.

    Rien de tout cela n’étonne les ados. Ils cultivent, souvent à l’excès, leur image, leur identité, leur présence en ligne. Ils se prennent en photo, puis déforment, maquillent leur apparence avant de partager sur les réseaux leur image, dont on ne sait pas toujours si elle est authentique.

    Se montrer mais se cacher. Etre mais ne pas être.

  • Bien après Bolloré

    Bonjour mes étoiles, j’espère que vous allez bien !

    Aujourd’hui, je vais vous confier un petit secret. Figurez-vous que je dicte. C’est Marcel, mon IA, qui écrit. Moi, je cause. Je dis à Marcel ce que je veux raconter et il me sort un texte nickel. Ainsi, ce texte que vous êtes en train de lire, c’est Marcel qui l’a écrit. Il me connait bien Marcel. Il sait que, comme tout le monde, je suis nul en orthographe et que j’ai du mal à organiser mes idées. Mais je dois quand même alimenter ma chaîne, c’est mon job. Alors, chaque matin, il me livre un petit baratin. Il choisit un sujet et il m’envoie une vingtaine de lignes. Pas plus, parce qu’il sait fort bien que vous n’êtes pas capables d’en lire davantage. On dit que je suis influenceur, mais celui qui m’influence, c’est Marcel, mon meilleur ami !

    Ce matin, je vous propose un petit jeu. Si vous avez encore des livres chez vous, vous pouvez m’envoyer une photo de quelques couvertures. Les trois premiers d’entre vous à avoir répondu recevront un billet pour le prochain concert de StarDeOuf à Paris le mois prochain. Génial, non ?

    Moi, j’ai encore quelques livres, empilés dans un carton à la cave. J’ai des Grasset, des Gallimard, des albums de BD aussi. Ils appartenaient à mes parents. Je ne les ai pas lus, mais je les garde pour les revendre dans quelques années à des collectionneurs. Depuis que les maisons d’édition et les librairies ont disparu, les livres de papier sont des objets rares et les prix grimpent à toute vitesse. Chaque année, je vais faire un tour à la Foire aux Livres de Paris. Un événement incroyable ! Les visiteurs viennent de l’Europe entière pour acheter des stocks de bouquins. Je connais quelqu’un qui en a embarqué plus de trois mille pour décorer les murs de son salon. Je vous ferai un petit sujet là-dessus la prochaine fois. Enfin, c’est Marcel qui s’en chargera !

    Allez, maintenant c’est l’heure de ma séance de yoga ! Merci de m’avoir lu (ou écouté pour ceux qui préfèrent la version audio).

    Et, comme d’habitude, si vous avez aimé, n’hésitez pas à cliquer et à vous abonner !

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’ouvre l’oeil.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026