Étiquette : Numérique

  • A quoi ressemble ma vie sans ordinateur ?

    La question m’est tombée dessus, postée par l’un de ces algorithmes qui nous pistent du matin au soir. « A quoi ressemble votre vie sans ordinateur ? ». Hier, la question du jour était du genre « C’est quoi, pour vous, un véritable ami ? » ou peut-être « Vous préférez faire carrière ou vous choisissez l’imprévu ? ». Tous les jours, une question en mode « sujet de bac » ou de brevet des collèges. Je ne réponds jamais. Surtout, ne pas nourrir l’algorithme !

    Cette fois, je vais faire une exception, mais en répondant ici. Pas sur l’application qui me soumet tous les jours à la question.

    Donc, ma vie sans ordi… Soyons précis : sans ordinateur, mais avec smartphone. La question n’est pas « A quoi ressemble votre vie sans écran ? ».

    J’ai commencé à utiliser un ordinateur chaque jour en 1988, pendant quelques années seulement à titre professionnel et uniquement sur mon lieu de travail. L’ordi portable n’existait pas encore. Mon premier portable date du milieu des années 1990, je crois. A partir de ce moment là, je ne me suis plus jamais passé d’ordinateur. C’est dire que je suis quelque peu dépendant de ma, ou plutôt de mes bécanes (vous remarquerez que je vous épargne le fastidieux débat « Mac ou PC ?»).

    Pendant une brève période, j’ai essayé de m’en passer, sinon de m’en libérer. J’ai en particulier tenté de revenir à l’écriture manuscrite, car désormais j’utilise essentiellement l’ordinateur pour écrire. De ce point de vue, le smartphone et ses nombreux usages, remplace aisément l’ordi. En quelques clics, on commande nos billets de train, d’avion, de métro, de spectacles. On suit l’actualité sur un smartphone, on échange avec notre réseau… bref, un smartphone.

    J’ai ainsi cru naïvement que quelques bons vieux cahiers à carreaux allaient me redonner le goût des textes manuscrits. Mais, peine perdue… J’étais incurable. Il faut dire qu’avant l’ordinateur, j’utilisais déjà une machine à écrire. Ma première machine – une antiquité (voir photo) – date de mes années lycéennes. A cette époque, j’avais accouché d’une ébauche de roman, péniblement tapé à deux doigts et à grands coups de « retour charriot ».

    Bien des auteurs continuent pourtant d’écrire à la main, me direz-vous. Je sais, mais j’en suis incapable. A ma décharge, j’ai probablement été conditionné par un usage professionnel bien connu de l’ordinateur : il permet d’écrire mais aussi de transmettre. Quand, pendant des années, on écrit des articles, des notes ou des rapports, dans l’avion, dans le train, au bureau ou chez soi, avant de les envoyer dans la foulée à son ou ses destinataires, il est bien difficile de concevoir la vie sans ordinateur.

    Il me reste une piste à explorer : mettre l’écriture de côté. Après tout, ai-je vraiment encore quelque chose à écrire ? Et, si j’écris, ai-je besoin de transmettre ?

    Dans l’immédiat, je vous envoie ces quelques lignes. Les dernières, peut-être. Ou pas.

  • Retour vers le papier

    Vient toujours ce moment où l’on pense un peu à l’éternité. Ou, au moins, à la durée.

    Hier, je suis tombé une fois de plus sur l’un de ces articles qui, régulièrement, nous mettent en garde sur la fragilité des supports numériques pour archiver des photos. « Vos photos numériques risquent un jour de disparaître… Comment s’assurer que les futures générations pourront les voir ? ». Ma fille a neuf ans. A t-elle une chance de voir, lorsqu’elle sera adulte, les photos que je prends aujourd’hui et que je stocke sur Dropbox et sur deux ordinateurs ? Dans vingt ans, peut-être. Dans quarante ans, c’est déjà plus difficile et dans plus longtemps encore, mieux vaut ne pas y penser. Pour les d’explications techniques, je vous renvoie vers l’article du Monde. Pour l’essentiel, je retiens que le support le plus fiable (mais le plus coûteux) reste le papier.

    Je m’en doutais un peu à vrai dire, mais jusqu’à récemment je naviguais sur l’océan du numérique avec une certaine insouciance. Je me sentais à l’aise dans les eaux troubles ou turquoises (selon les jours) d’internet. Je pensais même être un marin plutôt aguerri.

    Pourtant, si l’on pense à la pérennité de ce que l’on publie en ligne, que ce soit des textes, des sons ou des images, on finit par admettre que tout cela est bien fragile. Si on ne vise que l’instant présent on ne craint sans doute rien. Mais qui ne se soucie pas, au moins un peu, de sa postérité ?

    Aujourd’hui, je publie régulièrement sur Facebook, Twitter, Instagram et sur ce modeste blog. Mais que deviendront ces supports dans dix ans, dans trente ans ? Je n’en sais absolument rien. Je peux espérer que mes contenus ne disparaitront pas complétement et seront récupérés par les successeurs des réseaux actuels. Mais je n’en ai aucune certitude. De même, mon ordinateur finira, comme le précédent, par me lacher et je le remplacerai. Mais, un jour, de nouveaux outils remplaceront certainement nos machines. De nouveaux formats apparaîtront et seront peut-être incompatibles avec les .doc, .odt, PDF, JPEG, et autres TIFF.

    Le numérique n’est pas fait pour l’éternité. Voilà tout.

    Sans le dire, un peu honteux, j’ai commencé à commander des tirages photos que je conserve dans des enveloppes, à l’abri de la lumière. Je réalise de temps en temps quelques albums photos que j’installe dans un coin de la bibliothèque. Je suis heureux aussi que les quelques livres que j’ai écrit jusqu’à présent aient été édités en version papier.

    Un adolescent, un jeune adulte, sourira sans doute à la lecture de ces lignes. La transmission est une préoccupation de senior. Mais la place qu’occupe aujourd’hui le numérique dans nos vies interroge quand même. Il est facile de publier et de partager. Mais il n’est pas si simple de conserver. Sommes-nous entrés dans une société de l’éphémère ?

  • « Je n’aime pas lire sur écran, tu comprends… »

    « J’ai du mal à lire sur écran, tu comprends…« . « Je n’aime pas du tout lire sur liseuse, désolé… Mais, bon, je vais essayer de faire un effort !« .

    J’ai publié ces jours-ci un feuilleton en ligne (sur mon site et sur les rézosocios). Pratiquement personne ne l’a lu et, en guise d’explication, j’ai reçu plusieurs réactions  semblables à celles évoquées ci-dessus.

    Evidemment, mon histoire est d’une rare qualité et je regrette cette audience très confidentielle. Je plaisante ! Je ne suis que très moyennement satisfait par ce texte écrit rapidement et qui demanderait à être enrichi. Mais je dois dire que cette expérience m’amène à reconsidérer ma position sur les mérites comparés du livre papier par rapport au livre en ligne. Rassurez-vous, je ne vais pas refaire le match : les tiroirs sont pleins d’ études sur le sujet. Juste quelques remarques personnelles donc.

    Il m’est arrivé de militer en faveur du développement du livre numérique (je parle bien ici de livre, pas de presse en ligne). Porté par un enthousiasme presque juvénile, j’ai même cru à l’émergence de nouvelles formes de narration rendues possibles par le numérique. L’écriture de fiction allait devenir collaborative et donc la posture de l’auteur, solitaire et intouchable, allait évoluer. Les textes allaient être enrichis de sons, d’images. Le livre allait devenir un objet littéraire, multiforme et évolutif. C’était beau, c’était chic, c’était épatant. J’ai lu des experts qui y croyaient fermement, j’ai participé à des colloques qui devaient nous aider à transformer l’écriture, la publication et la diffusion des oeuvres.

    Mais, pschitt… Plus rien. Ou presque rien. Certes, il y a un bien un peu d’innovation ici ou là. Mais les livres à lire sur écran ne sont, dans l’écrasante majorité des cas, que de pâles copies numériques des livres papiers. Et, côté lecteur, lire sur écran reste peu agréable pour beaucoup.

    En tant qu’auteur, j’ai cru aussi que le numérique, et la possibilité d’être lu sur écran, me permettrait de gagner une certaine indépendance. M’affranchir du joug d’un éditeur, ne plus dépendre des circuits de distribution de livre. Bref, supprimer tous les obstacles entre moi et le lecteur.

    J’ai eu tort.

    Certes, il est aujourd’hui techniquement possible pour un auteur de faire cavalier seul. J’ai déjà évoqué ici ou ailleurs, le blog de Nila Kazar qui, avec humour, dévoile beaucoup de choses sur les coulisses de l’édition et sur les options qui s’offrent aux auteurs qui font le choix de l’auto-édition. Je ne dis donc pas que c’est impossible. Je dis simplement que, moi, je n’y crois pas.

    J’ai apprécié que mes livres soient, avant d’être publiés, lus, corrigés et validés, par mes éditeurs (Riveneuve, Fauves Editions et Michalon). Je ne me sentais pas capable de décider seul que mes textes étaient publiables.

    J’ai apprécié que mes livres (surtout le dernier, « Quand tu iras à Saigon ») aient pu bénéficier d’une bonne couverture médiatique, fruit du travail de ma maison d’édition.

    Enfin, je ne peux que me féliciter de voir mes livres disponibles en librairie et de pouvoir y rencontrer des lecteurs, comme dans les salons du livre qui ont bien voulu m’inviter.

    Si l’audience de mes livres reste modeste (on reparlera du marché du livre en France un autre jour !), elle est réelle et j’ai bien conscience qu’elle a été rendue possible parce qu’il s’agit de bons vieux livres de papier. Pour espérer être lu avec des livres uniquement disponibles en version numérique, et a fortiori, auto-édités, l’intégralité de l’effort aurait du reposer sur moi. Assurer, chaque semaine, chaque jour, ma promotion, sur les tous canaux disponibles. M’exhiber. Me vendre. Je ne crois pas en avoir l’énergie. Sans doute pas très envie non plus.

    Mais, comme je suis plein de contradictions, je continuerai sans doute de temps à autre, à publier des textes (appelons cela des livres) en version numérique, histoire d’observer comment cet univers fonctionne. Des livres de laboratoire en somme.

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’ouvre l’oeil.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026