Retour vers le papier

Vient toujours ce moment où l’on pense un peu à l’éternité. Ou, au moins, à la durée.

Hier, je suis tombé une fois de plus sur l’un de ces articles qui, régulièrement, nous mettent en garde sur la fragilité des supports numériques pour archiver des photos. « Vos photos numériques risquent un jour de disparaître… Comment s’assurer que les futures générations pourront les voir ? ». Ma fille a neuf ans. A t-elle une chance de voir, lorsqu’elle sera adulte, les photos que je prends aujourd’hui et que je stocke sur Dropbox et sur deux ordinateurs ? Dans vingt ans, peut-être. Dans quarante ans, c’est déjà plus difficile et dans plus longtemps encore, mieux vaut ne pas y penser. Pour les d’explications techniques, je vous renvoie vers l’article du Monde. Pour l’essentiel, je retiens que le support le plus fiable (mais le plus coûteux) reste le papier.

Je m’en doutais un peu à vrai dire, mais jusqu’à récemment je naviguais sur l’océan du numérique avec une certaine insouciance. Je me sentais à l’aise dans les eaux troubles ou turquoises (selon les jours) d’internet. Je pensais même être un marin plutôt aguerri.

Pourtant, si l’on pense à la pérennité de ce que l’on publie en ligne, que ce soit des textes, des sons ou des images, on finit par admettre que tout cela est bien fragile. Si on ne vise que l’instant présent on ne craint sans doute rien. Mais qui ne se soucie pas, au moins un peu, de sa postérité ?

Aujourd’hui, je publie régulièrement sur Facebook, Twitter, Instagram et sur ce modeste blog. Mais que deviendront ces supports dans dix ans, dans trente ans ? Je n’en sais absolument rien. Je peux espérer que mes contenus ne disparaitront pas complétement et seront récupérés par les successeurs des réseaux actuels. Mais je n’en ai aucune certitude. De même, mon ordinateur finira, comme le précédent, par me lacher et je le remplacerai. Mais, un jour, de nouveaux outils remplaceront certainement nos machines. De nouveaux formats apparaîtront et seront peut-être incompatibles avec les .doc, .odt, PDF, JPEG, et autres TIFF.

Le numérique n’est pas fait pour l’éternité. Voilà tout.

Sans le dire, un peu honteux, j’ai commencé à commander des tirages photos que je conserve dans des enveloppes, à l’abri de la lumière. Je réalise de temps en temps quelques albums photos que j’installe dans un coin de la bibliothèque. Je suis heureux aussi que les quelques livres que j’ai écrit jusqu’à présent aient été édités en version papier.

Un adolescent, un jeune adulte, sourira sans doute à la lecture de ces lignes. La transmission est une préoccupation de senior. Mais la place qu’occupe aujourd’hui le numérique dans nos vies interroge quand même. Il est facile de publier et de partager. Mais il n’est pas si simple de conserver. Sommes-nous entrés dans une société de l’éphémère ?


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Ici, je publie de temps à autre quelques mots, des histoires (vraies ou pas) et, parfois, des photos.

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite. Aujourd’hui, je navigue sans crainte sur les eaux troubles de notre monde numérique. S’adapter sans se renier.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle, 2026

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