
A 7 h 30, Maurice, le patron, lève le volet métallique, Boss, le bull-mastiff sort et Julos entre. Julos parce que sa mère était, en rêve, amoureuse de Julos Beaucarne.
Chaque matin Julos vient prendre son café à l’ouverture du bistrot au coin de la rue, à cinquante mètres de l’appartement minuscule où il vit seul depuis que sa compagne s’est tirée.
Maurice lui apporte son café bien serré comme d’habitude et le journal. Julos se contente de feuilleter les pages. Parfois une photo ou un titre retiennent son attention. Des clients s’installent. Julos salue d’un coup de tête les habitués. Il échange quelques mots avec eux et avec Maurice. Ce bistrot, c’est son réseau social. Sur son téléphone il n’a pas toutes les applications qui encombrent ceux des ados. Pour se connecter au monde, il vient ici. C’est bien suffisant.
Depuis quelques jours, Julos peste contre le coffee shop qui a ouvert ses portes juste en face. Une déco rose bonbon et une clientèle qui photographie des muffins et des latte machiato. Le barista, comme on dit dans ces lieux, est l’employé d’un influenceur connu sur TikTok et qui a investi dans le secteur. Il y a une dizaine de bars de ce genre en ville. Ils n’ouvrent qu’à 11 heures et on est prié de commander au comptoir. Les échanges se limitent à «bonjour», «merci», «au revoir». Dans ces bars du nouveau monde il ne suffit plus de demander «un café, s’il vous plait». Il faut préciser expresso, allongé, double et on ajoute « sur place » ou à « emporter ». Ce sont surtout des ados et les étudiants qui se retrouvent dans ces lieux bien propres, sur la route du lycée et de la fac.
« Ça va te tuer ce machin en face ! » lance Julos à Maurice qui essuie les verres derrière son comptoir. Le patron hausse les épaules. Boss, son chien, vient de rentrer après avoir fait son tour du quartier. « Bof… On verra bien, mais ces trucs là ça tient deux ou trois ans et après c’est une friperie ou une agence immobilière qui prend leur place. Moi, ça fait vingt ans que je suis là ».

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