L’histoire du soir

Photo © Marc Capelle

Les soirs d’été, ils se rassemblent au bord du quai. Ils sont des dizaines, une bonne centaine peut-être. Certains viennent de loin, parfois en petits groupes, mais la plupart ne se connaissent pas. Assis sur les pavés, ils l’attendent. Parfois, il ne vient pas. Alors, passé minuit, ils rentrent chez eux sans bruit. Ils ont appris la patience et la confiance. Le lendemain, ils sont de retour, et savent que, cette fois, il sera là.


Ils le voient alors lentement approcher, debout sur sa barque, toujours enveloppé dans un manteau à capuche, lampe torche en pendentif. L’embarcation s’immobilise et, seul au milieu du bassin, il leur parle. Il leur dit les voyages, les mers, les aventures. Il leur raconte la vie, les trahisons, les projets, la mort aussi. Avec ses mains, il dessine les voiliers, les oiseaux, les montgolfières et les bombardiers, les cicatrices et les médailles. Longtemps, dans le silence de la nuit, de sa voix fluette portée par les eaux, il leur dit l’espoir et la victoire.

Hanoi argentique – Saigon numérique

Hanoi, 1995 – Photo © Marc Capelle
Saigon, 2018 – Photo © Marc Capelle

1995. Hanoi est encore une capitale tranquille, comme en témoigne cette rue du centre ville. Pas de voitures, beaucoup de vélos, presque pas de scooters. Un ami photographe, Jean-Marc Vantournhoudt, expose au centre culturel français une série intitulée « Douceur d’Hanoi ». Je suis là à titre professionnel. C’est l’un de mes premiers séjours au Vietnam.

C’est encore l’époque de la photo argentique. Je donne mes pellicules à un petit laboratoire près de mon hôtel et je récupère en principe les tirages le lendemain. Rien ne presse. Le temps prend tout son temps.

2018. A Saigon (Ho Chi Minh Ville), les Rolls ne courent pas les rues, mais les voitures et les petites motos ont envahi l’espace. Comme à Hanoi, les vélos ont disparu et les cyclopousses (ont dit « cyclo ») n’intéressent que les touristes. Je suis en vacances, mais notre fille est née ici, alors je n’ai pas vraiment l’impression d’être à l’étranger.

Je prends des photos avec mon smartphone et je les poste immédiatement sur les réseaux sociaux. Tout va vite. Toujours plus vite.

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Ceux qui aiment la gauche prendront le train

1982. Dans un TER du Nord-Pas de Calais – Photo © Marc Capelle

C’était au siècle dernier. En 1982. Pierre Mauroy était Premier ministre et maire de Lille, et il effectuait un déplacement dans le Nord accompagné du ministre de l’Industrie, Pierre Dreyfus. François Mitterrand était président de la République depuis le 10 mai 1981. C’était l’époque de la gauche heureuse.

Alors, on est tous montés dans le train. Elus, responsables politiques, flics, journalistes… on s’est retrouvés dans un bon vieux TER, en route vers Dunkerque ou peut-être Valenciennes. Mauroy avait des annonces à faire et on allait assister au spectacle. L’ambiance était légère. Autour du Premier ministre, de Noël Josèphe, président de la Région Nord-Pas de Calais, de Bernard Roman, directeur de cabinet de Mauroy à la mairie de Lille, du préfet et autres huiles, on reconnaissait des militants socialistes qui avaient pris du galon.

Le train roulait tranquillement. Sans doute pas vers l’avenir radieux du socialisme, mais peut-être vers des jours meilleurs. A l’arrivée, quelques centaines d’hommes et de femmes enthousiastes allaient accueillir leur Pierre, leur géant du Nord, pour marcher avec lui, le coeur léger, jusqu’à la tribune dressée pour les discours.

Personne ne voyait, au loin, venir les nuages. Personne ne savait que viendrait le temps de la rigueur. Personne n’imaginait les années difficiles et les renoncements.

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Alger : quelle place pour la presse ?

Alger – Maison de la Presse Tahar Djaout
– Photo © Marc Capelle, 2007

Sur le moment j’avais été choqué. C’était en 2007 et je découvrais à Alger, la Maison de la Presse Tahar Djaout, en compagnie de mon compère Frédéric Baillot. Nous avions rendez-vous dans plusieurs rédactions, notamment avec Omar Belhouchet, directeur du quotidien francophone El Watan et son équipe. Belhouchet, qui a quitté ses fonctions en 2019, était alors une référence en matière de lutte pour l’existence d’un journalisme indépendant en Algérie.


Or, nous allions pénétrer dans une prison. C’est en tout cas l’impression que donnait ce bâtiment austère, percé de petites fenêtres, entouré d’un épais mur d’enceinte.
En fait, à la fin des années 1980, le pouvoir algérien avait accepté d’ouvrir un peu l’espace médiatique et mis cet immeuble à disposition des journaux, moyennant des conditions économiques privilégiées. Mais pendant la décennie noire de 1990, de nombreux attentats islamistes ont visé la population, le pouvoir et certains médias. Ainsi, le 11 février 1996, un attentat a fait de nombreuses victimes devant et au sein de la Maison de la Presse. Sécurité oblige, le bâtiment est alors devenu une véritable forteresse.


En 2007, les nombreuses rédactions installées dans cette Maison de la Presse, témoignaient d’une certaine vitalité de la presse algérienne. Le décor était peu chaleureux, mais il se passait quelque chose entre ces murs.

Depuis, la situation a évolué. Finis les beaux jours. Les temps ne sont plus à l’ouverture et comme le souligne Reporters Sans Frontières « les médias indépendants sont sous pression, les journalistes sont régulièrement emprisonnés ou poursuivis, et plusieurs sites Internet sont bloqués ». Mais la Maison de la Presse existe toujours. Si certains journaux ont préféré trouver d’autres locaux, El Watan, après avoir connu des difficultés financières, a choisi de rester là. Le journal est toujours considéré comme l’un des plus crédibles en Algérie, même si les médias audiovisuels sont les plus suivis.

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Photo © Marc Capelle

Il était une fois l’Amérique

Rotterdam – Photo © Marc Capelle

A Rotterdam, c’est sur ce quai qu’en 1620, des protestants embarquèrent pour l’Angleterre pour rejoindre des puritains qui partirent pour l’Amérique sur le Mayflower. L’Amérique était alors la nouvelle Terre Promise.

Au cours des siècles qui ont suivi, depuis Rotterdam, mais aussi depuis bien d’autres ports (Anvers, Hambourg, Allemagne, Göteborg, Brême, Naples, Cork, Belfast, Liverpool…) des millions d’Européens sont partis dans l’espoir de bâtir une vie meilleure en Amérique. A partir de la fin du XIXème, tous devaient passer par le point de contrôle d’Ellis Island (lire à ce sujet le magnifique roman de Jeanne Benameur, Ceux qui partent). De très nombreux juifs ont trouvé refuge aux Etats-Unis, en particulier lors de la montée du nazisme en Allemagne. Ces millions d’immigrants ont fait l’Amérique.

Pourtant, en 2025, qui voit encore son salut en Amérique ? La fermeture de la frontière avec le Mexique vient doucher les espoirs des derniers réfugiés. Une menace d’expulsion pèse sur les 250 000 Ukrainiens accueillis depuis le début de la guerre. Des scientifiques étrangers, mais légalement installés aux Etats-Unis, sont priés de retourner dans leur pays d’origine. Etc.

Enfin, pourquoi désigner l’Amérique comme un pays ? Il y a une Amérique du Nord, une Amérique centrale et une Amérique du Sud. Les « Américains » sont en fait les Etats-Uniens et les Etats-Unis ne sont pas le Canada, quoiqu’en pense Donald Trump.

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La mer, la mort, le carnaval

Dunkerque (Malo-les-Bains) , 2007 – Photo © Marc Capelle

A Dunkerque, jadis, le carnaval était comme ailleurs un rite de passage entre l’hiver et le printemps, mais il marquait aussi le début de la saison de pêche pour les marins qui allaient embarquer pour la mer d’Islande. Là-bas, au XVIIIème, XIXème et début du XXème siècles, pendant des mois, dans des conditions climatiques extrêmes, ils allaient pêcher la morue. Les bateaux étaient mal équipés, les accidents comme les morts sont nombreux. La Grande Pêche, comme on l’appelle, n’était pas une partie de plaisir.

Alors, avant de partir, avant de quitter femmes et enfants, ils s’en donnaient à coeur joie. Durant le carnaval, ils formaient la « bande des pêcheurs » (la vischersbende), dont le carnaval d’aujourd’hui garde le souvenir. Ils chantaient, buvaient, faisaient la tournée des lieux chauds de la ville. Ils savaient qu’une fois en mer, ils n’étaient pas sûrs de revenir. A l’époque, dans la cité de Jean Bart, le carnaval pouvait aussi être un passage entre la vie et la mort.

Mon arrière grand-père paternel, Joseph Fournier (1875 – 1932), était l’un de ces pêcheurs « à Islande ».

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Nos années romantiques

Bucarest, 1990 – Pendant des mois, les Roumains (beaucoup d’étudiants) ont occupé la place de l’Université pour protester contre le nouveau pouvoir accusé de n’être constitué que d’anciens communistes.
Photo © Marc Capelle

En 1991 ou 1992, alors que je vivais à Bucarest, j’ai proposé trois ou quatre articles consacrés au paysage médiatique roumain à la revue 22 (en référence au 22 décembre 1989, date de la chute du régime de Ceausescu). Dans une Roumanie en plein bouleversement post-Ceausescu, cet hebdomadaire était vite devenu une référence pour ses analyses politiques et, notamment, ses tribunes d’intellectuels (à noter : 22 existe toujours en version numérique : https://revista22.ro/) . Gabriela Adamesteanu, directrice de la rédaction, m’avait très aimablement reçu et avait accepté mes papiers.


Les années ont passé et Gabriela Adamesteanu est aujourd’hui une figure essentielle de la vie littéraire roumaine. Bon nombre de ses livres, des essais et des romans, sont traduits en français, parmi lesquels Une matinée perdue (Gallimard) et Situation provisoire (Gallimard).


Je viens d’achever la lecture de l’un d’entre eux: Les années romantiques, paru en France en 2019 aux éditions Non Lieu, et je suis très reconnaissant à son autrice de me l’avoir envoyé car il m’a permis de me replonger dans l’atmosphère de la Roumanie des années 1990 dont je m’étais éloigné. Au fil des pages, j’ai retrouvé des noms oubliés, des séquences effacées de ma mémoire.

Ce livre apporte, notamment, un témoignage très documenté et sans complaisance sur ce que pouvait être la condition des écrivains et des éditeurs sous le régime communiste roumain. Peut-on écrire sous une dictature ? Que peut-on écrire ? Que peut-on publier ? Comment peut-on, parfois, piéger les censeurs ? Comment peut-on travailler dans le domaine culturel sans se compromettre ? Gabriela Adamesteanu raconte ses années de travail dans une maison d’édition nécessairement officielle, avant 1989. Des années passées notamment à rédiger des fiches biographiques d’auteurs destinés à figurer dans les dictionnaires. Des années aussi où, tout en commençant à écrire, elle s’est efforcée de garder ses distances pour ne pas devenir une autrice du régime.


Puis, viendront les folles heures de décembre 1989, le renversement de Ceausescu, et ce que l’on a appelé la révolution, voire la télé-révolution roumaine, avant que l’on comprenne qu’il s’agissait plutôt d’un coup d’Etat fomenté, avec l’aval de Moscou, par ceux qui allaient rester au pouvoir pendant plusieurs années, à commencer par le président Ion Iliescu.

Pour Gabriela Adamesteanu, pour les Roumains, une nouvelle ère commence. Un saut dans l’inconnu par bien des aspects, un espoir immense et, pour beaucoup, une volonté de se rendre utile, une envie de participer à la construction d’une société libre. Ce sont les « années romantiques ». Pendant quinze ans, Gabriela Adamesteanu va diriger 22 et découvrir ce qu’est le journalisme, ou plus précisément ce que la plupart des intellectuels roumains entendent par journalisme. Ici, j’ai retrouvé avec délices les discussions de mes années bucarestoises. Pour ces intellectuels, écrire dans le journal, c’était (c’est peut-être toujours) être journaliste. De fait, il s’agit d’un journalisme politique et littéraire, un journalisme d’idées et de combat. C’était parfaitement compréhensible à l’époque où les débats étaient extrêmement nombreux et souvent très vifs. Ainsi un écrivain pouvait être qualifié de journaliste s’il écrivait régulièrement pour un journal. Ces intellectuels jouaient un rôle important dans la nouvelle société et le livre n’était pas toujours le meilleur outil pour toucher rapidement un large public. Sans parler des comptes à régler avec ceux qui s’étaient compromis sous l’ancien régime. Les années romantiques restituent fort bien cette atmosphère que j’avais un peu oubliée.

Cette période d’ouverture va aussi permettre à Gabriela Adamesteanu de commencer à voyager. Elle raconte fort bien ce qu’une résidence de trois mois aux Etats-Unis lui aura apporté, sur le plan littéraire et journalistique, et sur le plan personnel aussi bien sûr. D’autres résidences suivront, notamment un séjour à la Maison Marguerite Yourcenar dans le Nord, où elle a travaillé sur le manuscrit des années romantiques.

Avoir vécu cette période post-révolutionnaire m’a beaucoup appris. J’avais une trentaine d’années et n’avais jusque-là qu’une connaissance livresque, scolaire, de ce que pouvait signifier « vivre sous une dictature communiste ». Je découvrais la Roumanie et, plus largement les pays de l’Est (aujourd’hui, certains préfèrent parler d’Europe centrale et orientale, pour la distinguer des pays autrefois membres de l’URSS). J’avais sous les yeux un peuple qui découvrait la liberté et qui essayait de se forger un chemin dans ce nouveau monde dont il ignorait encore les règles. En ce début des années 1990, il y avait beaucoup d’enthousiasme, des illusions, un peu de peur aussi. Le désenchantement viendrait plus tard (j’évoque cette période dans mon livre Jours tranquilles à l’Est). Etranger, mais plongé dans ce chaudron, j’avais l’impression de participer un peu à cette histoire en marche. Pour moi aussi, ces années étaient romantiques.

En 2025, la Roumanie fait de nouveau les titres de l’actualité en raison de l’annulation puis le report (4 et 18 mai 2025) de l’élection présidentielle suite à des manipulations russes, via les réseaux sociaux, qui avaient propulsé un inconnu, candidat d’extrême-droite, pro-Poutine, en tête du premier tour de l’élection. Plus largement, avec la guerre en Ukraine et la politique impérialiste de Vladimir Poutine, cette partie de l’Europe est au centre de toutes les attentions. De toutes les peurs aussi. Les temps ne sont plus au romantisme, mais bien davantage à la brutalité et à l’incertitude.

Panique à Wall Street

Stone Sreet – Financial District (Wall Street) New York – Photo © Marc Capelle

Elon Musk a annoncé ce matin son arrivée à la tête de son armée privée et un vent de panique souffle sur Wall Street. En quelques minutes les bureaux se sont vidés, les traders ont planté leurs écrans, les garçons d’ascenseurs ont pris la poudre d’escampette, les journalistes se sont engouffrés dans le métro, deux ou trois financiers se sont suicidés. Selon Fox News, le président de la Réserve fédérale (FED), accusé par Musk d’entente secrète avec la Banque centrale européenne, serait en fuite à l’ étranger.
Musk, dans la lutte acharnée qui depuis plusieurs mois l’oppose à Donald Trump, a décidé de prendre le contrôle du New York Stock Exchange, la plus importante bourse au monde. Après avoir mis la main sur les systèmes informatiques qui gèrent les opérations de trading, il engage maintenant la dernière phase de son opération qui lui permettra de manipuler les cours à sa guise. Et il a prévenu : quiconque tenterait de lui barrer la route serait éliminé sur le champ par ses hommes.
Ce midi, les rues et les terrasses des cafés et restaurants sont désertes. Silence de mort sur Wall Street. Sur les rares écrans qui diffusent encore des informations fiables, on voit les colonnes blindées du multi-milliardaire avancer lentement vers Manhattan. En tête du cortège, un soldat sanglé dans un uniforme de cuir noir porte un immense étendard à l’effigie de Musk et avance en envoyant des saluts nazis aux rares passants.


(Il y a quelques mois vous auriez sans doute vu dans ces quelques lignes une aimable dystopie de plus. Mais aujourd’hui ?)

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A propos de résistance

Sarajevo – Photo © Marc Capelle

Ceux qui me connaissent un peu diront sans doute « Ah ! Encore une photo de Sarajevo ! ». Soit.
C’est à Sarajevo plus qu’ailleurs que, au-delà des connaissances livresques, j’ai touché du doigt le sens du mot résistance.
Cette ville meurtrie par des années de guerre et par le siège le plus long de l’histoire moderne (trois ans et huit mois), est toujours debout. Au pied des collines, traversée par la tranquille Miljacka, elle nous dit chaque jour, qu’il ne faut jamais baisser les bras.
J’ai vécu là trois ans. Et, devant un café (le délicieux café bosniaque, qu’ailleurs on appelle café turc), chez eux, ou dans le cadre de mon travail, j’ai eu le temps de parler avec les hommes, les femmes, les enfants aussi, de Sarajevo.
Dans un livre (Nema problema, comme elles disent) j’ai dressé des portraits, entre fiction et réalité, de Sarajéviennes aux prises avec l’après-guerre, avec cette période où il faut essayer de se reconstruire. Des portraits de femmes parce que l’on parle beaucoup des hommes pendant la guerre et parce qu’elles se sont bien souvent retrouvées seules à devoir affronter leur destin.
Je n’oublie pas non plus la petite Belma dont j’ai fait la connaissance en 1996, quelques mois après la guerre. Elle avait six ans et, pour quelques jours, je logeais dans sa famille. Un matin, son père a sorti la Lada du garage pour la première fois depuis le début du siège de la ville. Il voulait m’emmener sur les collines. Belma était heureuse de nous accompagner et surtout heureuse de sortir, de voir le monde extérieur. Comme ses parents elle avait résisté à la guerre et à l’enfermement. Aujourd’hui Belma vit toujours à Sarajevo. Elle est mère de famille et chercheuse en pharmacologie. Elle est fière de sa ville et de son peuple.
Il faudrait vous dire tout ce que ces gens ont vécu. Les crimes de leurs agresseurs, la faiblesse souvent de la « communauté internationale », les peurs, les privations, le froid des hivers sans chauffage, la queue pour s’approvisionner en eau sous les tirs des snipers… Il faudrait surtout vous raconter ces hommes et ces femmes qui affirment ne s’être jamais sentis autant vivre que pendant la guerre. Dans le marasme dans lequel la Bosnie-Herzégovine est plongée en ces années 2020, se souvenir de ce qu’ils ont affronté les aide à avancer.
Résister, c’est savoir se tenir debout. Se relever après avoir chuté. Depuis trois ans, chaque matin je prends des nouvelles de l’Ukraine. Et chaque jour, je pense à Sarajevo.

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La vie des vélos, la nuit

Photo © Marc Capelle

Tous les soirs je le croise. Attaché à la barrière, le guidon en tristesse, il attend son heure. Que savez-vous de la vie des vélos quand ils sont seuls, abandonnés par leurs cyclistes ? On dit qu’ils se réunissent la nuit. Ils se retrouvent au coin d’une rue, devant cet ancien café par exemple, et racontent leurs histoires et leurs malheurs de bicyclettes. Avec ou sans Paulette.
Chaque nuit, ils sont cent, ils sont mille dans la ville. Un régiment de vélos qui défile sous nos fenêtres à grands coups de pédales. Les biclous des cités roulent en bandes et sifflent de loin les montures des quartiers écolos. Les rigolos et les déglingués, les tout rouillés et les tout neufs, les électriques et les musculaires, les « tout terrain » et les « de ville »… le peuple des deux-roues manifeste contre notre monde de fous.

Petit vélo qui tourne dans ma tête.

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