Étiquette : photographie

  • La fin du café du coin ?

    Lille – Photo © Marc Capelle

    Si vous habitez en milieu rural, malgré la désertification des campagnes vous avez souvent la possibilité d’entrer à 7 h 30 au bistrot du coin pour commander un café bien serré. Maurice (ou Ariane) vous l’apporte et dépose le journal sur la table, car il sait que vous aimez bien commencer la journée en lisant les nouvelles. Depuis des années, vous venez là chaque matin de semaine. Vous saluez les habitués d’un coup de tête. Vous échangez quelques mots avec l’un ou l’autre. On a suffisamment répété que le vrai réseau social était celui-là. La demi-heure, rarement plus, que vous passez au café vous aide à vous connecter au monde.

    Les citadins ont de moins en moins cette chance. Dans nos villes, le bon vieux « café des amis » ou « du commerce » a quasiment disparu. Place aux bars désormais. Les plus matinaux n’ouvrent qu’à partir de 11 heures et le barman est l’employé d’un investisseur inconnu. On est prié de commander au comptoir et les échanges se limitent à « bonjour », « merci », « au revoir ». Sans compter que dans ces bars du nouveau monde il ne suffit plus de demander « un café, s’il vous plait ». Il faut préciser expresso, allongé, double… Autre conséquence de l’américanisation des centres-villes : le développement des coffee-shops. On y boit un café « sur place ou à emporter » dans un gobelet en carton, avec ou sans cookie. Les habitués de ces lieux aseptisés sont les ados et les étudiants qui s’y retrouvent sur la route du lycée et de la fac. Les autres clients ne font que passer.

    Alors, ce café… avec ou sans sucre ?

    (Si vous voulez, la semaine prochaine je peux publier le même billet en remplaçant « café » par « boulangerie ». La différence entre la vraie boulangerie où vous échangez quelques mots, voire beaucoup de mots, avec la boulangère, et les « marchands de pain » aux gestes robotisés qui envahissent les villes).

    desmotssurlaphoto #café #bistrot #ville #campagne #société #photographie

  • Hanoi argentique – Saigon numérique

    Hanoi, 1995 – Photo © Marc Capelle
    Saigon, 2018 – Photo © Marc Capelle

    1995. Hanoi est encore une capitale tranquille, comme en témoigne cette rue du centre ville. Pas de voitures, beaucoup de vélos, presque pas de scooters. Un ami photographe, Jean-Marc Vantournhoudt, expose au centre culturel français une série intitulée « Douceur d’Hanoi ». Je suis là à titre professionnel. C’est l’un de mes premiers séjours au Vietnam.

    C’est encore l’époque de la photo argentique. Je donne mes pellicules à un petit laboratoire près de mon hôtel et je récupère en principe les tirages le lendemain. Rien ne presse. Le temps prend tout son temps.

    2018. A Saigon (Ho Chi Minh Ville), les Rolls ne courent pas les rues, mais les voitures et les petites motos ont envahi l’espace. Comme à Hanoi, les vélos ont disparu et les cyclopousses (ont dit « cyclo ») n’intéressent que les touristes. Je suis en vacances, mais notre fille est née ici, alors je n’ai pas vraiment l’impression d’être à l’étranger.

    Je prends des photos avec mon smartphone et je les poste immédiatement sur les réseaux sociaux. Tout va vite. Toujours plus vite.

    #desmotssurlaphoto #hanoi #saigon #vietnam #vélo #photographie

  • Ceux qui aiment la gauche prendront le train

    1982. Dans un TER du Nord-Pas de Calais – Photo © Marc Capelle

    C’était au siècle dernier. En 1982. Pierre Mauroy était Premier ministre et maire de Lille, et il effectuait un déplacement dans le Nord accompagné du ministre de l’Industrie, Pierre Dreyfus. François Mitterrand était président de la République depuis le 10 mai 1981. C’était l’époque de la gauche heureuse.

    Alors, on est tous montés dans le train. Elus, responsables politiques, flics, journalistes… on s’est retrouvés dans un bon vieux TER, en route vers Dunkerque ou peut-être Valenciennes. Mauroy avait des annonces à faire et on allait assister au spectacle. L’ambiance était légère. Autour du Premier ministre, de Noël Josèphe, président de la Région Nord-Pas de Calais, de Bernard Roman, directeur de cabinet de Mauroy à la mairie de Lille, du préfet et autres huiles, on reconnaissait des militants socialistes qui avaient pris du galon.

    Le train roulait tranquillement. Sans doute pas vers l’avenir radieux du socialisme, mais peut-être vers des jours meilleurs. A l’arrivée, quelques centaines d’hommes et de femmes enthousiastes allaient accueillir leur Pierre, leur géant du Nord, pour marcher avec lui, le coeur léger, jusqu’à la tribune dressée pour les discours.

    Personne ne voyait, au loin, venir les nuages. Personne ne savait que viendrait le temps de la rigueur. Personne n’imaginait les années difficiles et les renoncements.

    desmotssurlaphoto #mauroy #pierremauroy #nord #socialisme #gauche #train #photographie

  • Il était une fois l’Amérique

    Rotterdam – Photo © Marc Capelle

    A Rotterdam, c’est sur ce quai qu’en 1620, des protestants embarquèrent pour l’Angleterre pour rejoindre des puritains qui partirent pour l’Amérique sur le Mayflower. L’Amérique était alors la nouvelle Terre Promise.

    Au cours des siècles qui ont suivi, depuis Rotterdam, mais aussi depuis bien d’autres ports (Anvers, Hambourg, Allemagne, Göteborg, Brême, Naples, Cork, Belfast, Liverpool…) des millions d’Européens sont partis dans l’espoir de bâtir une vie meilleure en Amérique. A partir de la fin du XIXème, tous devaient passer par le point de contrôle d’Ellis Island (lire à ce sujet le magnifique roman de Jeanne Benameur, Ceux qui partent). De très nombreux juifs ont trouvé refuge aux Etats-Unis, en particulier lors de la montée du nazisme en Allemagne. Ces millions d’immigrants ont fait l’Amérique.

    Pourtant, en 2025, qui voit encore son salut en Amérique ? La fermeture de la frontière avec le Mexique vient doucher les espoirs des derniers réfugiés. Une menace d’expulsion pèse sur les 250 000 Ukrainiens accueillis depuis le début de la guerre. Des scientifiques étrangers, mais légalement installés aux Etats-Unis, sont priés de retourner dans leur pays d’origine. Etc.

    Enfin, pourquoi désigner l’Amérique comme un pays ? Il y a une Amérique du Nord, une Amérique centrale et une Amérique du Sud. Les « Américains » sont en fait les Etats-Uniens et les Etats-Unis ne sont pas le Canada, quoiqu’en pense Donald Trump.

    #desmotssurlaphoto #exil #emigration #rotterdam #etatsunis #amerique #photographie

  • La mer, la mort, le carnaval

    Dunkerque (Malo-les-Bains) , 2007 – Photo © Marc Capelle

    A Dunkerque, jadis, le carnaval était comme ailleurs un rite de passage entre l’hiver et le printemps, mais il marquait aussi le début de la saison de pêche pour les marins qui allaient embarquer pour la mer d’Islande. Là-bas, au XVIIIème, XIXème et début du XXème siècles, pendant des mois, dans des conditions climatiques extrêmes, ils allaient pêcher la morue. Les bateaux étaient mal équipés, les accidents comme les morts sont nombreux. La Grande Pêche, comme on l’appelle, n’était pas une partie de plaisir.

    Alors, avant de partir, avant de quitter femmes et enfants, ils s’en donnaient à coeur joie. Durant le carnaval, ils formaient la « bande des pêcheurs » (la vischersbende), dont le carnaval d’aujourd’hui garde le souvenir. Ils chantaient, buvaient, faisaient la tournée des lieux chauds de la ville. Ils savaient qu’une fois en mer, ils n’étaient pas sûrs de revenir. A l’époque, dans la cité de Jean Bart, le carnaval pouvait aussi être un passage entre la vie et la mort.

    Mon arrière grand-père paternel, Joseph Fournier (1875 – 1932), était l’un de ces pêcheurs « à Islande ».

    #desmotssurlaphoto #carnaval #dunkerque #malolesbains #islande #peche #photographie

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’ouvre l’oeil.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026