Étiquette : photographie

  • Panique à Wall Street

    Stone Sreet – Financial District (Wall Street) New York – Photo © Marc Capelle

    Elon Musk a annoncé ce matin son arrivée à la tête de son armée privée et un vent de panique souffle sur Wall Street. En quelques minutes les bureaux se sont vidés, les traders ont planté leurs écrans, les garçons d’ascenseurs ont pris la poudre d’escampette, les journalistes se sont engouffrés dans le métro, deux ou trois financiers se sont suicidés. Selon Fox News, le président de la Réserve fédérale (FED), accusé par Musk d’entente secrète avec la Banque centrale européenne, serait en fuite à l’ étranger.
    Musk, dans la lutte acharnée qui depuis plusieurs mois l’oppose à Donald Trump, a décidé de prendre le contrôle du New York Stock Exchange, la plus importante bourse au monde. Après avoir mis la main sur les systèmes informatiques qui gèrent les opérations de trading, il engage maintenant la dernière phase de son opération qui lui permettra de manipuler les cours à sa guise. Et il a prévenu : quiconque tenterait de lui barrer la route serait éliminé sur le champ par ses hommes.
    Ce midi, les rues et les terrasses des cafés et restaurants sont désertes. Silence de mort sur Wall Street. Sur les rares écrans qui diffusent encore des informations fiables, on voit les colonnes blindées du multi-milliardaire avancer lentement vers Manhattan. En tête du cortège, un soldat sanglé dans un uniforme de cuir noir porte un immense étendard à l’effigie de Musk et avance en envoyant des saluts nazis aux rares passants.


    (Il y a quelques mois vous auriez sans doute vu dans ces quelques lignes une aimable dystopie de plus. Mais aujourd’hui ?)

    #desmotssurlaphoto #dystopie #elonmusk #newyork #etatsunis #photographie

  • A propos de résistance

    Sarajevo – Photo © Marc Capelle

    Ceux qui me connaissent un peu diront sans doute « Ah ! Encore une photo de Sarajevo ! ». Soit.
    C’est à Sarajevo plus qu’ailleurs que, au-delà des connaissances livresques, j’ai touché du doigt le sens du mot résistance.
    Cette ville meurtrie par des années de guerre et par le siège le plus long de l’histoire moderne (trois ans et huit mois), est toujours debout. Au pied des collines, traversée par la tranquille Miljacka, elle nous dit chaque jour, qu’il ne faut jamais baisser les bras.
    J’ai vécu là trois ans. Et, devant un café (le délicieux café bosniaque, qu’ailleurs on appelle café turc), chez eux, ou dans le cadre de mon travail, j’ai eu le temps de parler avec les hommes, les femmes, les enfants aussi, de Sarajevo.
    Dans un livre (Nema problema, comme elles disent) j’ai dressé des portraits, entre fiction et réalité, de Sarajéviennes aux prises avec l’après-guerre, avec cette période où il faut essayer de se reconstruire. Des portraits de femmes parce que l’on parle beaucoup des hommes pendant la guerre et parce qu’elles se sont bien souvent retrouvées seules à devoir affronter leur destin.
    Je n’oublie pas non plus la petite Belma dont j’ai fait la connaissance en 1996, quelques mois après la guerre. Elle avait six ans et, pour quelques jours, je logeais dans sa famille. Un matin, son père a sorti la Lada du garage pour la première fois depuis le début du siège de la ville. Il voulait m’emmener sur les collines. Belma était heureuse de nous accompagner et surtout heureuse de sortir, de voir le monde extérieur. Comme ses parents elle avait résisté à la guerre et à l’enfermement. Aujourd’hui Belma vit toujours à Sarajevo. Elle est mère de famille et chercheuse en pharmacologie. Elle est fière de sa ville et de son peuple.
    Il faudrait vous dire tout ce que ces gens ont vécu. Les crimes de leurs agresseurs, la faiblesse souvent de la « communauté internationale », les peurs, les privations, le froid des hivers sans chauffage, la queue pour s’approvisionner en eau sous les tirs des snipers… Il faudrait surtout vous raconter ces hommes et ces femmes qui affirment ne s’être jamais sentis autant vivre que pendant la guerre. Dans le marasme dans lequel la Bosnie-Herzégovine est plongée en ces années 2020, se souvenir de ce qu’ils ont affronté les aide à avancer.
    Résister, c’est savoir se tenir debout. Se relever après avoir chuté. Depuis trois ans, chaque matin je prends des nouvelles de l’Ukraine. Et chaque jour, je pense à Sarajevo.

    #desmotssurlaphoto #sarajevo #resistance #guerre #ukraine #photographie

  • La vie des vélos, la nuit

    Photo © Marc Capelle

    Tous les soirs je le croise. Attaché à la barrière, le guidon en tristesse, il attend son heure. Que savez-vous de la vie des vélos quand ils sont seuls, abandonnés par leurs cyclistes ? On dit qu’ils se réunissent la nuit. Ils se retrouvent au coin d’une rue, devant cet ancien café par exemple, et racontent leurs histoires et leurs malheurs de bicyclettes. Avec ou sans Paulette.
    Chaque nuit, ils sont cent, ils sont mille dans la ville. Un régiment de vélos qui défile sous nos fenêtres à grands coups de pédales. Les biclous des cités roulent en bandes et sifflent de loin les montures des quartiers écolos. Les rigolos et les déglingués, les tout rouillés et les tout neufs, les électriques et les musculaires, les « tout terrain » et les « de ville »… le peuple des deux-roues manifeste contre notre monde de fous.

    Petit vélo qui tourne dans ma tête.

    #desmotssurlaphoto #velo #nuit #photographie

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’ouvre l’oeil.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026