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Sur les hauteurs de Putna (Roumanie), décembre 1990

Photo © m. capelle -
Lille en décembre

Photo © m. capelle -
Making-of d’un conte de Noël




Comme annoncé « sur les réseaux », je vais vous raconter comment et pourquoi j’ai fabriqué Le voyage de Sumska, mon conte de Noël publié le 1er décembre sur Instagram. Pour faire sérieux, appelons cela un making-of.
Régulièrement des amis me suggèrent de « faire quelque chose » avec les photos que je publie presque chaque jour sur Facebook, sur Bluesky, sur Instagram. « Faire quelque chose », peut-être, mais quoi ? Pas une exposition, encore moins un livre. Je pense être assez lucide sur la qualité de ma production. Si certaines de mes photos sont sans doute intéressantes (ou belles, voire épatantes), l’ensemble ne se distingue guère de ce tout le monde publie du matin au soir sur les fameux réseaux. Car, c’est un fait : tout le monde prend et montre des photos, mais tout le monde n’est pas artiste, ou photo-journaliste.
Cependant, comme je ne voulais pas rester totalement sourd à l’amicale pression des uns et des autres, j’ai essayé d’utiliser mes photos un peu différemment. C’est ainsi qu’est née l’idée d’un roman-photo sur Instagram. Un micro-roman plus exactement dans la mesure où le format Instagram ne permet pas de publier de longs textes. Si vous lisez ces lignes mais ne connaissez pas Insta (on dit Insta entre initiés – rires), sachez que c’est un réseau social dédié au partage de photos et de videos (l’inscription est gratuite). Je suis présent sur Instagram depuis quelques années et, après avoir observé ce que certains publiaient ces derniers temps, je me suis dit qu’il pouvait être amusant de poster des photos qui auraient pour fonction d’illustrer ou d’accompagner une histoire. Un micro-roman donc.
Je me suis lancé dans une première expérience en octobre dernier avec la publication du Départ d’Alexandre Vial, et mon deuxième essai est donc ce micro-conte de Noël, Le voyage de Sumska.
Dans les deux cas, je me suis tenu à un format précis : un texte découpé en seize vignettes, toutes accompagnées d’une photo. Je suis bien sûr l’auteur des photos, mais toutes proviennent de mes archives. Autrement dit, aucune de ces photos n’a été prise spécialement pour illustrer mon histoire. Il y a bien longtemps, alors que j’étais étudiant en journalisme, nous avions travaillé pendant quelques jours sous la houlette de Paul Almasy, un homme délicieux et un grand photographe. Après avoir distribué des photos à chacun d’entre nous, il nous avait demandé de les agencer afin de leur faire raconter une histoire. C’est en pensant à cet excellent exercice que j’ai essayé de faire parler mes photos autour du périple de la petite Sumska. A vrai dire, j’ai aussi adapté mon récit à la photo qui m’était imposée.
« Oui, mais où ont été prises ces photos ? », me direz-vous. Si vous avez lu mon petit conte, vous aurez remarqué qu’aucun lieu n’est cité précisément. Libre à chacun d’imaginer Sumska, le vieux Mesker, les lutins, où il le souhaite.. Mais je veux bien révéler ici que les photos ont été prises, certaines récemment, d’autres il y a très longtemps, à Sarajevo, à Londres, à Lille, dans le Dauphiné et en Bucovine.
Quant à l’histoire proprement dite, même s’il devait s’agir d’un petit conte de Noël, je n’avais pas l’intention de verser dans les sucreries de fin d’année. Pour autant, je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire. Je me suis laissé guider par les photos que j’avais à ma disposition. Chacun pourra aussi observer que le monde dans lequel nous essayons de vivre m’aura sans aucun doute inspiré.
Je partage ici quelques copies d’écran du Voyage de Sumska tel que publié sur Instagram, mais le mieux serait, à l’évidence, que nous alliez faire un tour sur place. A bientôt j’espère!
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Lille en novembre

© Marc Capelle -
Ce jour froid et gris comme un 11 novembre
Calot visé sur le crâne, uniforme bleu marine de l’armée de l’air, pistolet-mitrailleur modèle 1949 fièrement plaqué contre le torse, je défile en cadence aux côtés de mes camarades de section. Nous sommes les seuls militaires présents dans ce village perdu du Cambraisis, dont j’ai hélas oublié le nom.
A la base aérienne 103 de Cambrai, où nous sommes incorporés depuis un peu plus d’un mois pour y effectuer notre service militaire, on nous a expliqué que c’était un honneur pour nous de défiler le 11 Novembre. En vue du grand jour, nous avons appris à marcher au pas sous les ordres d’un sous-officier.
Ce matin du 11 novembre 1978, un car de l’armée de l’air nous a amenés sur place. Il fait froid et gris. Nous nous alignons en colonne par deux et, au signal du chef, nous voilà partis. Sur le trottoir, quelques familles postées devant leurs portes nous applaudissent. Au pied du monument aux morts, quelques officiels à l’écharpe tricolore nous attendent.
Au cours de ce défilé qui ne doit durer qu’une dizaine de minutes, je pense à mon grand-père paternel. Ancien prisonnier de guerre de la Seconde guerre mondiale, il est responsable de l’association des anciens combattants dans le Nord, et chaque année, il prononce des discours, souvent dans des cimetières, à l’occasion du 8 Mai et du 11 novembre. Il invite tout le monde à se souvenir et il dit « plus jamais ça ». Enfant, j’ai régulièrement assisté à ces cérémonies, rythmées par les remises de médailles, sur fond de porteurs de drapeaux.
J’ai vingt ans et ne sais encore rien des guerres à venir. Dans la rue de ce village, je marche entre mémoire et inconnu.

© Marc Capelle

