Calot visé sur le crâne, uniforme bleu marine de l’armée de l’air, pistolet-mitrailleur modèle 1949 fièrement plaqué contre le torse, je défile en cadence aux côtés de mes camarades de section. Nous sommes les seuls militaires présents dans ce village perdu du Cambraisis, dont j’ai hélas oublié le nom.
A la base aérienne 103 de Cambrai, où nous sommes incorporés depuis un peu plus d’un mois pour y effectuer notre service militaire, on nous a expliqué que c’était un honneur pour nous de défiler le 11 Novembre. En vue du grand jour, nous avons appris à marcher au pas sous les ordres d’un sous-officier.
Ce matin du 11 novembre 1978, un car de l’armée de l’air nous a amenés sur place. Il fait froid et gris. Nous nous alignons en colonne par deux et, au signal du chef, nous voilà partis. Sur le trottoir, quelques familles postées devant leurs portes nous applaudissent. Au pied du monument aux morts, quelques officiels à l’écharpe tricolore nous attendent.
Au cours de ce défilé qui ne doit durer qu’une dizaine de minutes, je pense à mon grand-père paternel. Ancien prisonnier de guerre de la Seconde guerre mondiale, il est responsable de l’association des anciens combattants dans le Nord, et chaque année, il prononce des discours, souvent dans des cimetières, à l’occasion du 8 Mai et du 11 novembre. Il invite tout le monde à se souvenir et il dit « plus jamais ça ». Enfant, j’ai régulièrement assisté à ces cérémonies, rythmées par les remises de médailles, sur fond de porteurs de drapeaux.
J’ai vingt ans et ne sais encore rien des guerres à venir. Dans la rue de ce village, je marche entre mémoire et inconnu.

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