
Si vous habitez en milieu rural, malgré la désertification des campagnes vous avez souvent la possibilité d’entrer à 7 h 30 au bistrot du coin pour commander un café bien serré. Maurice (ou Ariane) vous l’apporte et dépose le journal sur la table, car il sait que vous aimez bien commencer la journée en lisant les nouvelles. Depuis des années, vous venez là chaque matin de semaine. Vous saluez les habitués d’un coup de tête. Vous échangez quelques mots avec l’un ou l’autre. On a suffisamment répété que le vrai réseau social était celui-là. La demi-heure, rarement plus, que vous passez au café vous aide à vous connecter au monde.
Les citadins ont de moins en moins cette chance. Dans nos villes, le bon vieux « café des amis » ou « du commerce » a quasiment disparu. Place aux bars désormais. Les plus matinaux n’ouvrent qu’à partir de 11 heures et le barman est l’employé d’un investisseur inconnu. On est prié de commander au comptoir et les échanges se limitent à « bonjour », « merci », « au revoir ». Sans compter que dans ces bars du nouveau monde il ne suffit plus de demander « un café, s’il vous plait ». Il faut préciser expresso, allongé, double… Autre conséquence de l’américanisation des centres-villes : le développement des coffee-shops. On y boit un café « sur place ou à emporter » dans un gobelet en carton, avec ou sans cookie. Les habitués de ces lieux aseptisés sont les ados et les étudiants qui s’y retrouvent sur la route du lycée et de la fac. Les autres clients ne font que passer.
Alors, ce café… avec ou sans sucre ?
(Si vous voulez, la semaine prochaine je peux publier le même billet en remplaçant « café » par « boulangerie ». La différence entre la vraie boulangerie où vous échangez quelques mots, voire beaucoup de mots, avec la boulangère, et les « marchands de pain » aux gestes robotisés qui envahissent les villes).

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