Bakou, 22 juin 2000 – Déjeuner chez l’ambassadeur. Il y a là deux paléontologues azerbaïdjanais, vieux comme leur sujet de recherche scientifique. Beaucoup moins vieille et beaucoup plus intéressante en revanche est la directrice du musée des tapis de Bakou. En une heure, j’ai découvert un monde jusque-là insoupçonné (difficile d’avouer pareille lacune devant l’ambassadeur qui, lui, sait tout et qui aime bien que cela se sache).
Il y a d’abord une géographie et un nationalisme des tapis. Dire que dans tel pays ou telle région, les tapis sont caucasiens, turcs ou persans, c’est s’engager dans un débat culturel mais surtout historique compliqué. Je découvre aussi que les tapis – les tapis
d’Orient en tout cas – sont pour les initiés un véritable langage. On distingue le tapis pour les demandes en mariage ou le tapis pour les enterrements (où la couleur noire domine, en Azerbaïdjan) car les morts devaient sortir de chez eux dans un tapis.
Il y a aussi le tapis destiné à faire comprendre à un visiteur qu’il est indésirable. Le visiteur est, dans ce cas, supposé bien connaître la “langue des tapis”. Le tapis des indésirables a pour caractéristique d’être en désordre. Les motifs, dont l’ordonnancement doit répondre à certaines règles, présentent des anomalies volontaires. Dans une figure où, par exemple, on trouvera de manière classique quatre chameaux, ce tapis n’en comptera qu’un ou deux… Le visiteur qui décèle ces perturbations est bien sûr prié de prendre congé sans délai.
- Extrait de mon livre « Jours tranquilles à l’Est » (Editions Riveneuve, 2013)

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