C’est l’histoire d’un grand-père interdit. Une vieille histoire triste, comme on en trouve dans toutes les familles dès que l’on regarde un peu sous le tapis. Je vous en livre un petit aperçu ici, mais j’y reviendrai peut-être un jour plus longuement.
Pendant son enfance, un petit garçon se rend régulièrement chez ses grands-parents paternels qui habitent une petite station balnéaire du Nord, séparée de la commune voisine par un chenal sans charme. Il est content de voir assez souvent ses grands-parents, les seuls qui lui restent car sa grand-mère maternelle est morte quand il avait six ans et il n’a pas connu son grand-père maternel. On lui a expliqué que celui-ci avait quitté sa femme et ses enfants à la veille de la Seconde guerre mondiale, que tout le monde l’avait perdu de vue et qu’il était mort.
Bien des années plus tard, devenu adulte, le petit garçon a compris qu’on lui avait menti. Que toute sa famille lui avait menti. Il a fini par apprendre que son grand-père paternel avait certes abandonné sa famille, mais qu’ensuite il s’était engagé dans la Résistance avant de refaire sa vie précisément de l’autre côté du chenal, dans la commune voisine de celle de ses grands-parents paternels. Il avait vécu encore une trentaine d’années après la guerre, si bien qu’il était tout simplement à quelques centaines de mètres de son petit-fils (qu’il ne connaissait pas) quand celui-ci jouait sur la plage. Mais la famille, qui connaissait la vérité, avait décidé de punir ce grand-père indigne et en avait littéralement effacé toutes traces.
Ce grand-père interdit, c’était le mien. Il s’appelait Marcel Lasoen et grâce au numérique j’ai pu lui redonner une existence, au moins virtuelle. En 2012, dans le cadre du premier festival mondial de « twittérature », j’avais en effet levé un coin du voile en campant ce papy inconnu en personnage de fiction.
Quelques médias s’étaient fait l’écho de ses aventures, comme ici 20 Minutes (Festival de fiction sur Twitter: Comment suivre les Français ?) ou ci-dessous Nord-Eclair. J’étais alors à peu près le seul à savoir qu’il y avait derrière tout cela une part de vérité très personnelle.
Fin provisoire des confidences.




