• Pour en terminer avec la rentrée littéraire

    Avez-vous déjà acheté un livre parce qu’il figurait au palmarès de la rentrée littéraire ? Personnellement, jamais. Pas une fois. On m’a parfois offert certains de ces livres parus en septembre et dont les titres circulaient déjà depuis juin ou juillet. Mais je n’ai jamais eu envie d’en acheter un moi-même au moment de la « rentrée ». Si j’ai fini par me laisser tenter par l’un ou l’autre d’entre eux, c’est généralement des mois voire des années plus tard.

    Plus le temps passe, plus ce concept de « rentrée littéraire » m’exaspère. 

    J’ai commencé à m’intéresser au monde des livres il y a une vingtaine d’années. Jusque-là, j’étais simplement lecteur (et c’est déjà très bien d’être lecteur !). J’ai eu la chance de rencontrer puis de partager bien des moments avec Francis Bueb, ancien de la Fnac et fondateur du Centre culturel André Malraux, à Sarajevo. Entre deux nuages de fumée de cigarette, il m’a montré, parfois sans le savoir, la face cachée des livres, des éditeurs, des auteurs (certains d’entre eux). Par la suite, je suis devenu auteur à mon tour. J’ai ainsi eu des discussions extrêmement enrichissantes avec des éditeurs (les éditions Riveneuve, Michalon et Fauves en particulier, mais d’autres aussi). Enfin, j’ai regardé d’un peu plus près comment fonctionnait l’univers des librairies (la librairie Place Ronde à Lille en priorité, mais d’autres aussi). N’oublions pas les échanges sur les réseaux sociaux avec quelques acteurs de la sphère littéraire et bien des commérages avec des ami(e)s passionné(e)s par le sujet.

    C’est, à n’en pas douter, ce petit tour du monde des livres qui m’a convaincu qu’il faudrait jeter la « rentrée littéraire » aux orties, si l’on veut assainir et calmer cet univers où les coups bas sont largement aussi nombreux que les coups de coeur.

    « Ah, malheureux ! Ne touche pas au grisbi !« . J’entends déjà les grincements de dents. C’est que la « rentrée littéraire » est une industrie. Elle fait vivre (très bien, un peu, ou très mal, selon les cas) les professionnels du livre. Les médias participent largement à cette grand-messe. Heureusement, certains d’entre eux apportent de temps en temps un éclairage sur l’économie parfois surprenante de ce système. Mais qui s’en soucie ?

    Mais, justement, il serait temps de nous laisser un peu tranquilles. « Nous », les lecteurs, les clients, les citoyens. Nous laisser choisir ce que nous voulons lire tout au long de l’année, sans être conditionnés par la pression de La Rentrée. Foutez-nous donc la paix !

    Le chantier est énorme tant l’idée même de « rentrée », littéraire ou autre, pèse sur la vie des Français. Mais ne serait-il pas temps d’essayer de vivre – et de lire – autrement ?

    Illustration repérée par la libraire de Place Ronde, à Lille. Une libraire qui ne manque ni d’arguments, ni d’humour !
  • France, été 2020

                                                     Photos © Marc Capelle                                                

    En France, l’été 2020 aura été rythmé par les commentaires, les inquiétudes, les polémiques, les interrogations au sujet de cette pandémie qui a changé nos vies depuis plusieurs mois. Nous portons des masques, nous nous faisons tester, nous gardons nos distances… Nous sommes prisonniers, plus ou moins volontaires, d’un protocole sanitaire qui évolue à coups d’hésitations et d’incertitudes.

    On peut rêver d’un monde plus léger. Heureusement, il nous reste la liberté de guetter les moments où il nous est possible de nous échapper.

  • Je ne retrouverai pas l’Est

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    Mai 1990 à Bucarest, avec un groupe d’ étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, et des étudiants de la faculté de journalisme de Bucarest. Quelques mois auparavant, le bâtiment abritait encore l’Académie des cadres du parti communiste roumain.

    Il y a trente ans exactement, en mai 1990, j’accompagnais à Bucarest un groupe d’étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille. Nous sommes restés deux semaines sur place, dans une Roumanie en plein chambardement post-Ceausescu. J’ai évoqué cet épisode dans un livre, Jours tranquilles à l’Est. Je ne savais pas, alors, que j’allais, juste après ce premier séjour, m’installer pour trois ans sur place et passer ensuite plusieurs années sur les routes, dans les cafés, dans les aéroports des pays d’Europe centrale et orientale, tde la Bulgarie à la Pologne, de la Croatie à l’Azerbaidjan.

    De toutes ces années, j’ai jusqu’ici gardé, entretenu même, une forme d’Ostalgie. Je ne suis pas le seul. Bien des habitants de ces pays regrettent les temps anciens, par certains aspects plus rassurants que le monde ouvert dans lequel ils ont basculé du jour au lendemain. Mais il y a aussi de nombreux expatriés qui, comme moi, ont vécu cette époque et qui y pensent encore avec émotion. Nous avions l’impression d’être des pionniers. Le Far-East nous ouvrait ses portes. Nous vivions des aventures extraordinaires. Nous pensions changer le monde.

    La lecture ces jours-ci d’Est-Ouest, le magnifique album de Pierre Christin et Philippe Aymond, a provisoirement rallumé une petite flamme au fond de moi. Christin raconte ses voyages dans l’Ouest américain puis ses passages à l’Est. Il a vingt ans de plus que moi et je me rends compte que, par hasard, j’ai souvent marché sur ses traces.

    Quelques années après la publication de Jours tranquilles à l’Est, mon livre Nema problema, comme elles disent a vu le jour, sorte d’hommage aux femmes de Sarajevo aux prises avec l’après-guerre. J’ai aussi éprouvé le besoin de poster régulièrement des petits billets et des photos sur les réseaux sociaux ou sur ce site. Les rues de Bucarest bloquées par la neige. L’ambiance d’un café dans la banlieue de Budapest. La fontaine de la place de Bascarsija à Sarajevo. Une façon de dire « j’y étais ».

    Mais je n’y suis plus. Je ne suis pas allé « à l’Est » depuis bien longtemps. En tout cas, pas dans cet Est européen qui aura tant marqué mon existence. La dernière fois, c’était en 2009, à Berlin. C’était il y a trop longtemps pour garder un regard pertinent sur l’actualité, l’évolution, et surtout l’atmosphère de ces pays.

    Il m’aura fallu plus de dix ans pour l’admettre, mais je sais aujourd’hui que je ne retrouverai pas l’Est.

    En tout cas, pas l’Est que j’ai connu. Ce monde là a disparu. Il s’est dissout dans un implacable processus de normalisation (savez-vous qu’il existe un Comité européen de normalisation?). Fini l’enthousiasme des années 1990, finies les ambiances plus ou moins révolutionnaires, finie la découverte des richesses architecturales, littéraires, cinématographiques, de cette « autre Europe ». Finis les petits verres de tsuica, de palinka, de rakija, de loza, de slivovica, de vodka, sifflés cul-sec entre amis ou pour conclure une négociation. Mais tout n’est pas perdu. J’aurai notamment appris au cours de ces années-là que la vie est beaucoup faite d’incertitude.

    Je ne sais pas si je retournerai sur place. Si tel devait être le cas, je sais que mon regard serait différent. J’ai tourné une page. J’ai emprunté d’autres chemins. Je suis passé à l’Est. J’en suis revenu. C’est tout.

  • « Je n’aime pas lire sur écran, tu comprends… »

    « J’ai du mal à lire sur écran, tu comprends…« . « Je n’aime pas du tout lire sur liseuse, désolé… Mais, bon, je vais essayer de faire un effort !« .

    J’ai publié ces jours-ci un feuilleton en ligne (sur mon site et sur les rézosocios). Pratiquement personne ne l’a lu et, en guise d’explication, j’ai reçu plusieurs réactions  semblables à celles évoquées ci-dessus.

    Evidemment, mon histoire est d’une rare qualité et je regrette cette audience très confidentielle. Je plaisante ! Je ne suis que très moyennement satisfait par ce texte écrit rapidement et qui demanderait à être enrichi. Mais je dois dire que cette expérience m’amène à reconsidérer ma position sur les mérites comparés du livre papier par rapport au livre en ligne. Rassurez-vous, je ne vais pas refaire le match : les tiroirs sont pleins d’ études sur le sujet. Juste quelques remarques personnelles donc.

    Il m’est arrivé de militer en faveur du développement du livre numérique (je parle bien ici de livre, pas de presse en ligne). Porté par un enthousiasme presque juvénile, j’ai même cru à l’émergence de nouvelles formes de narration rendues possibles par le numérique. L’écriture de fiction allait devenir collaborative et donc la posture de l’auteur, solitaire et intouchable, allait évoluer. Les textes allaient être enrichis de sons, d’images. Le livre allait devenir un objet littéraire, multiforme et évolutif. C’était beau, c’était chic, c’était épatant. J’ai lu des experts qui y croyaient fermement, j’ai participé à des colloques qui devaient nous aider à transformer l’écriture, la publication et la diffusion des oeuvres.

    Mais, pschitt… Plus rien. Ou presque rien. Certes, il y a un bien un peu d’innovation ici ou là. Mais les livres à lire sur écran ne sont, dans l’écrasante majorité des cas, que de pâles copies numériques des livres papiers. Et, côté lecteur, lire sur écran reste peu agréable pour beaucoup.

    En tant qu’auteur, j’ai cru aussi que le numérique, et la possibilité d’être lu sur écran, me permettrait de gagner une certaine indépendance. M’affranchir du joug d’un éditeur, ne plus dépendre des circuits de distribution de livre. Bref, supprimer tous les obstacles entre moi et le lecteur.

    J’ai eu tort.

    Certes, il est aujourd’hui techniquement possible pour un auteur de faire cavalier seul. J’ai déjà évoqué ici ou ailleurs, le blog de Nila Kazar qui, avec humour, dévoile beaucoup de choses sur les coulisses de l’édition et sur les options qui s’offrent aux auteurs qui font le choix de l’auto-édition. Je ne dis donc pas que c’est impossible. Je dis simplement que, moi, je n’y crois pas.

    J’ai apprécié que mes livres soient, avant d’être publiés, lus, corrigés et validés, par mes éditeurs (Riveneuve, Fauves Editions et Michalon). Je ne me sentais pas capable de décider seul que mes textes étaient publiables.

    J’ai apprécié que mes livres (surtout le dernier, « Quand tu iras à Saigon ») aient pu bénéficier d’une bonne couverture médiatique, fruit du travail de ma maison d’édition.

    Enfin, je ne peux que me féliciter de voir mes livres disponibles en librairie et de pouvoir y rencontrer des lecteurs, comme dans les salons du livre qui ont bien voulu m’inviter.

    Si l’audience de mes livres reste modeste (on reparlera du marché du livre en France un autre jour !), elle est réelle et j’ai bien conscience qu’elle a été rendue possible parce qu’il s’agit de bons vieux livres de papier. Pour espérer être lu avec des livres uniquement disponibles en version numérique, et a fortiori, auto-édités, l’intégralité de l’effort aurait du reposer sur moi. Assurer, chaque semaine, chaque jour, ma promotion, sur les tous canaux disponibles. M’exhiber. Me vendre. Je ne crois pas en avoir l’énergie. Sans doute pas très envie non plus.

    Mais, comme je suis plein de contradictions, je continuerai sans doute de temps à autre, à publier des textes (appelons cela des livres) en version numérique, histoire d’observer comment cet univers fonctionne. Des livres de laboratoire en somme.

  • Paris-Moscou à cyclopoutre

    Un texte de 1981. Pour faire plus chic, on dira un texte de jeunesse. Il dort dans un tiroir depuis presque quarante ans. Une histoire sans doute loufoque, mais c’est à vous d’en juger. J’ai parfois pensé qu’elle ferait aussi une bonne histoire illustrée. Y a-t-il un dessinateur dans la salle ?

    Je vous livre ce texte en PDF. Vous pouvez le lire en ligne, ou le télécharger et l’imprimer.

    Amusez-vous bien ! (enfin, peut-être…).

    Paris-Moscou PDF

Ici, je publie de temps à autre quelques mots, des histoires (vraies ou pas) et, parfois, des photos.

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite. Aujourd’hui, je navigue sans crainte sur les eaux troubles de notre monde numérique. S’adapter sans se renier.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle, 2026

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