Corons, pavés, briques. La trilogie des clichés sur le Nord. Les grincheux ajoutent la pluie. Difficile, il est vrai d’échapper aux briques. Il suffit cependant de traverser la Manche, ou de faire un tour en Belgique, en Allemagne, aux Pays-Bas pour, là aussi, faire face aux briques. J’ai une nette préférence pour celles que le temps a patiné, usé, égratigné, rongé, délavé, fragilisé.
(toutes les briques de cette série sont lilloises)
Les grandes ou basses manoeuvres en cours dans le monde de l’édition font l’actualité. Alors, sachez que je n’ai toujours pas trouvé d’éditeur pour Retour à Dranouter. Je vous en ai livré les premières pages ici même il y a quelques mois et quémandé quelques avis auprès de mon cercle amical. Tonalité générale : une bonne histoire mais trop courte (140 000 signes si vous voulez tout savoir). Ai-je envie de faire plus long ? Les éditeurs, eux, n’ont, pour l’essentiel, pas répondu. Classique. Et je n’ai pas l’intention de l’éditer moi-même. Bref, (mauvais ?) roman au point mort.
Une organisatrice d’événements m’a suggéré d’exposer une sélection de mes photos l’année prochaine. Cela me laisse le temps d’y réfléchir. Mes photos en valent-elles la peine ? Il y a deux ans, j’ai publié un petit livre (7 h 36 – Histoire d’une photo) pour raconter mon rapport aux photographes et à la photo. Faut-il en faire davantage ? Honnêtement, je n’en suis pas convaincu. Mais vous penserez sans doute que je fais ma chochotte. Et si je cédais à la paresse ? On dit qu’elle favorise l’ouverture d’esprit et la créativité.
C’est l’histoire d’un type qui tient à emprunter des voies détournées alors qu’on lui montre la route principale. Le gars hésite, tergiverse, croise des inconnus qui vont dans l’autre sens. Et quand, enfin, il arrive à destination, il tombe sur un panneau. « Fermé – Revenez l’année prochaine».
Photos un peu floues. Nos souvenirs, notre mémoire aussi. Flou volontaire parfois. Se focaliser sur un point, sur un sujet. Envie de gommer, d’estomper. Envie de laisser l’imagination vagabonder. Le net est souvent définitif. Les machines sont précises, rigoureuses. Le flou est humain.
« Dans le Nord, nous avons la culture du minéral », expliquait il y a quelques années un élu lillois pour tenter de justifier le manque d’espaces verts. Depuis, Lille est un peu moins pauvre en verdure, mais les pavés sont toujours là et tant mieux car ils donnent de la force aux rues et aux places. Mieux : par endroits de nouveaux pavés sont venus remplacer les anciens, trop fatigués.
Et ces pavés ne donnent-ils pas envie de voir la ville en noir et blanc ?
(Devinette : l’une de ces photos n’est pas prise à Lille. Cherchez un peu !)
Chaque jour, je l’observe depuis ma fenêtre. Il vit, se transforme, change de couleur et de fonction. C’est l’immeuble d’en face.
Une nuit d’ avril 2009, il a failli mourir, ravagé par un incendie et j’étais aux premières loges. Jusque là, il abritait un café mal entretenu et un hôtel borgne. Depuis, des investisseurs ont restauré la façade et découpé l’immeuble en appartements. Au rez-de-chaussée, des restaurants tentent régulièrement leur chance. Le premier, du genre prétentieux, n’a pas fait long feu. Une trattoria a pris la suite et apporté, pendant de belles années, un peu de convivialité et de chaleur italienne au voisinage. C’est maintenant le tour d’un autre restaurant qui se dit « bistrot de quartier ».
J’aime particulièrement cet immeuble en hiver, comme ces images en témoignent peut-être. L’atmosphère de décembre et janvier l’enveloppe d’un mystère qui me fait voyager. Sans bouger. Derrière ma fenêtre.