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  • Making-of d’un conte de Noël

    Comme annoncé « sur les réseaux », je vais vous raconter comment et pourquoi j’ai fabriqué Le voyage de Sumska, mon conte de Noël publié le 1er décembre sur Instagram. Pour faire sérieux, appelons cela un making-of.

    Régulièrement des amis me suggèrent de « faire quelque chose » avec les photos que je publie presque chaque jour sur Facebook, sur Bluesky, sur Instagram. « Faire quelque chose », peut-être, mais quoi ? Pas une exposition, encore moins un livre. Je pense être assez lucide sur la qualité de ma production. Si certaines de mes photos sont sans doute intéressantes (ou belles, voire épatantes), l’ensemble ne se distingue guère de ce tout le monde publie du matin au soir sur les fameux réseaux. Car, c’est un fait : tout le monde prend et montre des photos, mais tout le monde n’est pas artiste, ou photo-journaliste.

    Cependant, comme je ne voulais pas rester totalement sourd à l’amicale pression des uns et des autres, j’ai essayé d’utiliser mes photos un peu différemment. C’est ainsi qu’est née l’idée d’un roman-photo sur Instagram. Un micro-roman plus exactement dans la mesure où le format Instagram ne permet pas de publier de longs textes. Si vous lisez ces lignes mais ne connaissez pas Insta (on dit Insta entre initiés – rires), sachez que c’est un réseau social dédié au partage de photos et de videos (l’inscription est gratuite). Je suis présent sur Instagram depuis quelques années et, après avoir observé ce que certains publiaient ces derniers temps, je me suis dit qu’il pouvait être amusant de poster des photos qui auraient pour fonction d’illustrer ou d’accompagner une histoire. Un micro-roman donc.

    Je me suis lancé dans une première expérience en octobre dernier avec la publication du Départ d’Alexandre Vial, et mon deuxième essai est donc ce micro-conte de Noël, Le voyage de Sumska.

    Dans les deux cas, je me suis tenu à un format précis : un texte découpé en seize vignettes, toutes accompagnées d’une photo. Je suis bien sûr l’auteur des photos, mais toutes proviennent de mes archives. Autrement dit, aucune de ces photos n’a été prise spécialement pour illustrer mon histoire. Il y a bien longtemps, alors que j’étais étudiant en journalisme, nous avions travaillé pendant quelques jours sous la houlette de Paul Almasy, un homme délicieux et un grand photographe. Après avoir distribué des photos à chacun d’entre nous, il nous avait demandé de les agencer afin de leur faire raconter une histoire. C’est en pensant à cet excellent exercice que j’ai essayé de faire parler mes photos autour du périple de la petite Sumska. A vrai dire, j’ai aussi adapté mon récit à la photo qui m’était imposée.

    « Oui, mais où ont été prises ces photos ? », me direz-vous. Si vous avez lu mon petit conte, vous aurez remarqué qu’aucun lieu n’est cité précisément. Libre à chacun d’imaginer Sumska, le vieux Mesker, les lutins, où il le souhaite.. Mais je veux bien révéler ici que les photos ont été prises, certaines récemment, d’autres il y a très longtemps, à Sarajevo, à Londres, à Lille, dans le Dauphiné et en Bucovine.

    Quant à l’histoire proprement dite, même s’il devait s’agir d’un petit conte de Noël, je n’avais pas l’intention de verser dans les sucreries de fin d’année. Pour autant, je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire. Je me suis laissé guider par les photos que j’avais à ma disposition. Chacun pourra aussi observer que le monde dans lequel nous essayons de vivre m’aura sans aucun doute inspiré.

    Je partage ici quelques copies d’écran du Voyage de Sumska tel que publié sur Instagram, mais le mieux serait, à l’évidence, que nous alliez faire un tour sur place. A bientôt j’espère!

  • A propos des photos sans légende

    L’image occupe depuis quelques décennies une place prépondérante dans nos vies, mais elle reste un impensé de l’enseignement. Nous avons tous des smartphones, nous prenons tous des photos, nous utilisons tous des applications et des réseaux qui nous incitent à nous exprimer en images. Et nous le faisons. Mais nous n’avons pas appris à le faire. Dans le meilleur des cas, il faut attendre l’âge adulte pour éventuellement s’offrir une formation à la photo. À l’école, on apprend à s’exprimer par écrit, un peu à l’oral. Mais pas par l’image (ne pas confondre avec apprendre à lire les images des autres).

    Or, quel que soit le sujet choisi, les photos que nous prenons et que nous publions parlent aussi de nous. Elles nous racontent et nous dévoilent. Souvent, elles en disent plus que nos mots.

    Si notre curriculum vitae était construit autour de certaines de nos photos, à quoi ressemblerait-il ?

    Par ailleurs, je suis convaincu qu’une photo doit se suffire à elle-même. Si elle doit absolument être assortie d’une légende, elle perd une grande partie de sa force. Je ne suis pas photographe mais, comme tout le monde, je regarde des photos chaque jour. Je conçois qu’une indication nous précise le lieu et la date de la prise de vue et, s’il y a lieu, l’identité de la ou des personne(s) photographié(e)s. Mais je n’aime pas qu’un texte vienne m’expliquer ce qu’il faut regarder, ou comment il faut regarder la photo. Je n’ai pas envie que l’on m’impose une interprétation de l’image que j’ai sous les yeux. Auriez-vous envie de lire un livre truffé d’explications de texte ? Il ne s’agit pas ici d’une règle d’or piochée dans je ne sais quel manuel du « bon usage de la photographie ». C’est simplement mon choix.

    En apparente contradiction avec ce que je viens d’écrire, je réfléchis à la rédaction d’un petit livre qui proposerait des textes sur une sélection de mes photos. Mais ces textes ne seraient pas des légendes (ouf !). L’idée serait plutôt d’essayer de regarder derrière l’image. Raconter quelque chose à partir d’une photo. Pas une légende donc, mais une histoire. J’essaierai. Peut-être.

  • Paris, trop vite

    Je n’ai jamais vraiment pris le temps de photographier Paris. Marcher dans Paris, marcher encore, regarder, attendre, attendre le moment, prendre le temps d’une photo.

  • Ce que les photographes m’ont appris

    Vendredi 7 février, je vais avoir le plaisir de rencontrer Bernard Plossu, à Lille, à la librairie Place Ronde. Grand photographe, né au Vietnam, Bernard Plossu a photographié le Nord, Paris, le Mexique, l’Italie, l’Inde, le Portugal… tellement de pays, en posant souvent son regard sur la relative banalité du quotidien.

    Les photographes — pas seulement de presse — m’ont beaucoup appris. Souvent davantage que des rédacteurs, en chef, sous-chef, ou pas chef. Je me rends compte que je leur dois beaucoup, autant à titre professionnel que personnel.

    Marc Riboud, immense photographe de presse (on dit aussi photojournaliste) est mort en 2016, à 93 ans. Je l’avais rencontré au début des années 80. Il m’avait remis un modeste prix “photo” gagné dans le cadre d’un concours sur le quartier des Gratte-Ciel à Villeurbanne. J’étais impressionné, presque pétrifié. Je me souviens avoir été frappé par son sourire bienveillant, par l’humanité qu’il dégageait. Je voyais bien qu’un photographe n’était donc pas qu’un professionnel. C’était d’abord un homme.

    Parmi mes rencontres avec des photographes, je retiens aussi celle avec Paul Almasy. J’étais étudiant en journalisme et pendant trois jours, ce personnage déjà âgé à l’époque, d’origine hongroise, était venu nous montrer comment on pouvait raconter une histoire avec quelques photos, mais aussi une toute autre histoire avec les mêmes photos, suivant l’usage que l’on en faisait.

    Autre photographe croisé sur ma route : Daniel Psenny, longtemps au Monde, où il n’était d’ailleurs plus photographe. En 1981, il était le photographe de l’édition lilloise du Matin de Paris. Je crois que c’est en voyant son travail que j’ai vraiment découvert qu’une photo, en l’occurrence une photo de presse, pouvait non seulement être informative mais belle. Jusque-là j’étais plutôt familier des banales photos d’illustration et des rangs d’oignons insipides. Le laboratoire de Daniel jouxtait la rédaction et nous le voyions sortir ses splendides tirages noir et blanc. C’était le temps de l’argentique et j’étais fasciné par ces nuances de gris sur fond d’actualité.

    Il y a eu beaucoup d’autres photographes. Par exemple, Luc Novovitch, à l’époque au bureau de Lyon de l’AFP. Un grand ours solitaire, peu causant, qui donnait l’impression de partir à la chasse lorsqu’il allait sur le terrain. Il revenait souvent avec des images dont on se demandait comment il avait pu les prendre, les capturer. J’ai connu aussi des photographes animaliers (Jean-Michel Labat, Yves Lanceau…), amoureux de la nature, capables de passer des jours et des nuits à l’affut.

    Je n’aime pas les photographes qui brandissent en permanence des téléobjectifs énormes comme d’autres des bazookas. Un ami photographe, Jean-Marc Vantournhoudt, président du Centre Régional de la Photographie (Douchy-les-Mines), longtemps professeur au 75 (dites septante-cinq) , école de photo à Bruxelles, est à l’opposé de cette attitude. Simplement armé d’un discret Leica, il parcourt le monde et prend toujours le temps de se faire accepter avant de commencer à prendre la moindre photo. Au Vietnam, je l’ai vu passer plusieurs jours dans la banlieue de Hanoi où il avait été séduit par des ouvriers travaillant dans des petites briqueteries. Après avoir partagé quelques bières et bien des histoires avec eux, il avait fini par prendre quelques clichés. Puis, en ville, il a réalisé quelques tirages qu’il est allé ensuite offrir à ces travailleurs, surpris et ravis. Jean-Marc prenait les gens en photo et leur rendait ensuite leur image… J’étais épaté. Etre photographe, c’est aussi être généreux.

    Hervé Robillard, artiste photographe, découvert à Sarajevo, m’a aidé à mieux comprendre à quel point il pouvait être difficile de, tout simplement, pouvoir montrer son travail. Réussir à exposer, réussir à publier ses images, parvenir à rencontrer le public, affronter le regard et le jugement des autres… Pas simple. A Sarajevo, j’ai aussi croisé un Laurent Van der Stockt, familier des zones de guerre. Si je reconnais le savoir-faire, le talent, du grand professionnel, je préfère les photographes qui ne font pas trop de bruit. J‘aime ainsi les photos de Sarajevo assiégé d’un Yves Faure, par exemple. On peut exercer ce métier sans hausser le ton, sans trop se montrer, sans s’imposer. A propos de Sarajevo, je n’oublie pas Milomir Kovacevic, immense photographe « dans la guerre », témoin de la résistance de ses concitoyens pendant le siège de la ville, capable de montrer la vie là où l’on pensait qu’il n’y avait peut-être plus que la mort.

    Et Eric Dessert ! Véritable peintre du patrimoine et des campagnes. A pied, sa chambre 13/18 sur l’épaule, il a arpenté les terres de Roumanie, de Géorgie, la Chine, la France aussi… Ce personnage d’apparence fragile, un peu poète, un peu lutin, m’a appris que la photographie pouvait nous faire rêver, nous aider à nous évader.

    Gérard Rondeau enfin, disparu en 2016. Gérard, rencontré à Bucarest en 1990, retrouvé à Sarajevo des années plus tard… Il photographiait les traces de la guerre, les bouts d’humanité, les gens sur le Tour de France aussi, la Marne où il vivait…

    Ces rencontres — et il y en a eu beaucoup d’autres — ont forgé ma conviction : les photographes sont essentiels dans la presse comme dans la vie. Marc Riboud disait avec raison qu’un photographe avait d’abord besoin d’une bonne paire de souliers. Mais aujourd’hui, alors que paradoxalement nous sommes envahis par les images, les photographes, souvent payés au lance-pierre, ont aussi besoin de davantage de considération. La facilité avec laquelle tout le monde peut prendre une photo de nos jours crée la confusion. Appuyer sur un bouton est à la portée du premier venu. Etre photographe est un peu plus difficile.


    • Additif au 6 février 2020 – Après parution de ce billet, je m’aperçois que j’ai oublié de mentionner quelques noms. Bien sûr, il ne m’est pas possible de citer tout le monde. Il ne s’agit pas ici d’un tableau d’honneur. Mais, quand même, je veux souligner le plaisir que j’ai eu de faire la connaissance ces dernières années de Stéphane Dubromel, photographe de presse et formateur. Car, bien sûr, on peut enseigner la photo, on peut transmettre un savoir-faire (un savoir-voir aussi pour le coup) et Stéphane, qui travaille pour la presse nationale et locale, le fait intelligemment auprès de différents publics, notamment des apprentis journalistes.
      Un jour où je présentais l’un de mes livres dans une librairie, j’ai rencontré Denis Paillard. Il connaissait, comme moi, Sarajevo. Nous nous sommes découverts des amis en commun. Il publie de temps en temps, sur son site, sur Facebook, des photos dont j’aime l’atmosphère, les couleurs.

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J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’ouvre l’oeil.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026