En novembre et décembre 2023, j’ai publié trois à quatre photos par semaine sur Facebook. Toutes ces photos étaient intitulées 7 h 36. « Pourquoi 7 h 36 ? » m’a demandé un ami. Tout simplement parce qu’elles étaient toutes prises vers cette heure là, sur le chemin qui mène au collège de ma fille, et parce que, à quelques minutes près, je me suis efforcé de les poster à cette heure là également. J’ai pensé aussi que 7 h 36 était plus évocateur qu’un trop sévère 7 h 45.
C’était la photo de 7 h 36, comme il peut y avoir le train de 7 h 36. Après tout, si le train part à 7 h36, vous ne demandez pas pourquoi il ne part pas à 7 h 40 ! Un rendez-vous matinal aussi ponctuel que possible donc, malgré quelques aléas, quelques pannes aussi, comme à la SNCF.
Des photos sans prétention. Juste mon regard en passant par les rues du Vieux Lille. Je vous en livre ici quelques unes. Je me suis bien amusé avec ces publications, en particulier parce que je me suis rendu compte que certain(e)s d’entre vous les attendaient.
Depuis le 8 janvier 2024, j’ai commencé à poster la Saison 2 du rendez-vous de 7 h 36. Des photos en noir et blanc cette fois et avec une thématique plus précise (des fenêtres éclairées, alors que, les matins d’hiver, le jour n’est pas encore levé).
Voilà. Ce n’est pas un événement. Juste une photo de temps en temps.
Comme annoncé « sur les réseaux », je vais vous raconter comment et pourquoi j’ai fabriqué Le voyage de Sumska, mon conte de Noël publié le 1er décembre sur Instagram. Pour faire sérieux, appelons cela un making-of.
Régulièrement des amis me suggèrent de « faire quelque chose » avec les photos que je publie presque chaque jour sur Facebook, sur Bluesky, sur Instagram. « Faire quelque chose », peut-être, mais quoi ? Pas une exposition, encore moins un livre. Je pense être assez lucide sur la qualité de ma production. Si certaines de mes photos sont sans doute intéressantes (ou belles, voire épatantes), l’ensemble ne se distingue guère de ce tout le monde publie du matin au soir sur les fameux réseaux. Car, c’est un fait : tout le monde prend et montre des photos, mais tout le monde n’est pas artiste, ou photo-journaliste.
Cependant, comme je ne voulais pas rester totalement sourd à l’amicale pression des uns et des autres, j’ai essayé d’utiliser mes photos un peu différemment. C’est ainsi qu’est née l’idée d’un roman-photo sur Instagram. Un micro-roman plus exactement dans la mesure où le format Instagram ne permet pas de publier de longs textes. Si vous lisez ces lignes mais ne connaissez pas Insta (on dit Insta entre initiés – rires), sachez que c’est un réseau social dédié au partage de photos et de videos (l’inscription est gratuite). Je suis présent sur Instagram depuis quelques années et, après avoir observé ce que certains publiaient ces derniers temps, je me suis dit qu’il pouvait être amusant de poster des photos qui auraient pour fonction d’illustrer ou d’accompagner une histoire. Un micro-roman donc.
Je me suis lancé dans une première expérience en octobre dernier avec la publication du Départ d’Alexandre Vial, et mon deuxième essai est donc ce micro-conte de Noël, Le voyage de Sumska.
Dans les deux cas, je me suis tenu à un format précis : un texte découpé en seize vignettes, toutes accompagnées d’une photo. Je suis bien sûr l’auteur des photos, mais toutes proviennent de mes archives. Autrement dit, aucune de ces photos n’a été prise spécialement pour illustrer mon histoire. Il y a bien longtemps, alors que j’étais étudiant en journalisme, nous avions travaillé pendant quelques jours sous la houlette de Paul Almasy, un homme délicieux et un grand photographe. Après avoir distribué des photos à chacun d’entre nous, il nous avait demandé de les agencer afin de leur faire raconter une histoire. C’est en pensant à cet excellent exercice que j’ai essayé de faire parler mes photos autour du périple de la petite Sumska. A vrai dire, j’ai aussi adapté mon récit à la photo qui m’était imposée.
« Oui, mais où ont été prises ces photos ? », me direz-vous. Si vous avez lu mon petit conte, vous aurez remarqué qu’aucun lieu n’est cité précisément. Libre à chacun d’imaginer Sumska, le vieux Mesker, les lutins, où il le souhaite.. Mais je veux bien révéler ici que les photos ont été prises, certaines récemment, d’autres il y a très longtemps, à Sarajevo, à Londres, à Lille, dans le Dauphiné et en Bucovine.
Quant à l’histoire proprement dite, même s’il devait s’agir d’un petit conte de Noël, je n’avais pas l’intention de verser dans les sucreries de fin d’année. Pour autant, je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire. Je me suis laissé guider par les photos que j’avais à ma disposition. Chacun pourra aussi observer que le monde dans lequel nous essayons de vivre m’aura sans aucun doute inspiré.
Je partage ici quelques copies d’écran du Voyage de Sumska tel que publié sur Instagram, mais le mieux serait, à l’évidence, que nous alliez faire un tour sur place. A bientôt j’espère!
L’image occupe depuis quelques décennies une place prépondérante dans nos vies, mais elle reste un impensé de l’enseignement. Nous avons tous des smartphones, nous prenons tous des photos, nous utilisons tous des applications et des réseaux qui nous incitent à nous exprimer en images. Et nous le faisons. Mais nous n’avons pas appris à le faire. Dans le meilleur des cas, il faut attendre l’âge adulte pour éventuellement s’offrir une formation à la photo. À l’école, on apprend à s’exprimer par écrit, un peu à l’oral. Mais pas par l’image (ne pas confondre avec apprendre à lire les images des autres).
Or, quel que soit le sujet choisi, les photos que nous prenons et que nous publions parlent aussi de nous. Elles nous racontent et nous dévoilent. Souvent, elles en disent plus que nos mots.
Si notre curriculum vitae était construit autour de certaines de nos photos, à quoi ressemblerait-il ?
Par ailleurs, je suis convaincu qu’une photo doit se suffire à elle-même. Si elle doit absolument être assortie d’une légende, elle perd une grande partie de sa force. Je ne suis pas photographe mais, comme tout le monde, je regarde des photos chaque jour. Je conçois qu’une indication nous précise le lieu et la date de la prise de vue et, s’il y a lieu, l’identité de la ou des personne(s) photographié(e)s. Mais je n’aime pas qu’un texte vienne m’expliquer ce qu’il faut regarder, ou comment il faut regarder la photo. Je n’ai pas envie que l’on m’impose une interprétation de l’image que j’ai sous les yeux. Auriez-vous envie de lire un livre truffé d’explications de texte ? Il ne s’agit pas ici d’une règle d’or piochée dans je ne sais quel manuel du « bon usage de la photographie ». C’est simplement mon choix.
En apparente contradiction avec ce que je viens d’écrire, je réfléchis à la rédaction d’un petit livre qui proposerait des textes sur une sélection de mes photos. Mais ces textes ne seraient pas des légendes (ouf !). L’idée serait plutôt d’essayer de regarder derrière l’image. Raconter quelque chose à partir d’une photo. Pas une légende donc, mais une histoire. J’essaierai. Peut-être.
Je n’ai jamais vraiment pris le temps de photographier Paris. Marcher dans Paris, marcher encore, regarder, attendre, attendre le moment, prendre le temps d’une photo.