Minute de silence

Photo © Marc Capelle

Rien.

Rien à dire. Ou rien à dire ici.


Le constat n’est pas nouveau : nous vivons dans une société de l’émotion qui, pour fonctionner, nous invite, cent fois par jour, à nous exprimer. En publiant nos émotions, nos idées, nos opinions, nous avons l’impression de participer à la marche du monde. C’est une supercherie : derrière nos écrans, nous croyons participer. Nous pensons agir.
Pourtant…

Le pape est mort. Le dire, le répéter, après tant d’autres, sur un réseau social, est-ce participer ?

La Russie a violé, en Ukraine, le cessez-le-feu de 48 heures qu’elle a avait pourtant elle-même proposé. Le dire, le déplorer, en même temps que des milliers d’autres citoyens 2.0, est-ce agir ?

On peut allonger la liste à l’infini.

Participer, agir, de la sorte, c’est simplement faire du bruit. « Faiiiiites du bruit ! » nous exhortent les chauffeurs de salle avant l’entrée de l’artiste sur scène.

Est-il encore temps d’apprendre à se taire pour laisser la parole, sur les réseaux sociaux et ailleurs, à celles et ceux qui ont vraiment quelque chose à dire et à nous apprendre ? Les seuls à s’en plaindre seraient sans doute les patrons des réseaux qui, pour faire du profit, ont besoin de dizaines de millions de participants volontaires. Vous. Moi. Nous tous.

Dans les années 1970, bien avant que nous soyons scotchés à nos écrans, Raymond Devos expliquait « qu’une fois rien, c’est rien. Deux fois rien, c’est pas beaucoup, d’accord, mais trois fois rien… pour trois fois rien on peut déjà acheter quelque chose ». Son talent et sa poésie nous rappelaient le sens des mots.

Aujourd’hui, c’est le sens du silence qu’il nous faut redécouvrir.


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