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  • La photo de 7 h 36 (Saison 2)

    Si vous avez suivi la Saison 1 du 7 h 36, vous êtes peut-être encore devant votre écran pour la Saison 2. Pour les autres, je précise que, depuis quelque temps, je publie presque chaque jour à 7 h 36 une photo sur Facebook. Mon petit plaisir, parfois le vôtre aussi. Vous comprendrez tout en cliquant ici . Certaines de ces photos sont également publiées sur ma page Instagram.

    J’ai lancé cette Saison 2 début janvier et elle est entièrement en noir et blanc. Je me suis imposé une thématique : les fenêtres plus ou moins éclairées, peu avant le lever du jour.

    J’ai commencé à aimer la photo en noir et blanc il y a bien longtemps en côtoyant des photographes professionnels qui la pratiquaient au quotidien. Il y a quelques années, j’ai publié sur ce site un article pour expliquer ce que les photographes m’ont appris.

    Donc, noir et blanc. Certains « fans » de ma page Facebook m’ont dit qu’ils y voyaient une ambiance de polar. On peut ressentir le noir et blanc de bien des façons : la nostalgie, la tristesse, la sévérité, l’éternité… En fait, je crois que j’essaie, plus ou moins consciemment, de figer le temps et l’instant.

    Toutes ces photos sont prises avec mon smartphone (un Iphone SE si vous voulez tout savoir, mais ce n’est pas essentiel). Après avoir longtemps tergiversé, j’ai renoncé à utiliser des appareils photos conventionnels. Mon « reflex » et mon appareil compact sont au placard. Je ne nie évidemment pas les qualités techniques de ce type de matériel, mais j’ai choisi la légèreté et la rapidité. Un smartphone tient dans la poche, il permet de photographier très vite et de publier immédiatement. Ce dernier point est pour moi primordial. Je ne pourrais pas publier à 7 h 36 (ni même à 7 h 37 ou 7 h 40) la photo de 7 h 36 avec un appareil classique. Or, publier et partager rapidement m’amuse, mais je comprends fort bien que l’on puisse ne pas apprécier cet exercice né avec le développement du numérique et des réseaux sociaux.

    A l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais pas encore si je publierai encore beaucoup de photos à 7 h 36. Je ne vais pas non plus inventer un nouvel horaire. Je vais peut-être essayer d’explorer d’autres chemins, sans perdre de vue que si je prends des photos je ne suis pas photographe pour autant.

  • 7 h 36 (Saison 1)

    En novembre et décembre 2023, j’ai publié trois à quatre photos par semaine sur Facebook. Toutes ces photos étaient intitulées 7 h 36. « Pourquoi 7 h 36 ? » m’a demandé un ami. Tout simplement parce qu’elles étaient toutes prises vers cette heure là, sur le chemin qui mène au collège de ma fille, et parce que, à quelques minutes près, je me suis efforcé de les poster à cette heure là également. J’ai pensé aussi que 7 h 36 était plus évocateur qu’un trop sévère 7 h 45.

    C’était la photo de 7 h 36, comme il peut y avoir le train de 7 h 36. Après tout, si le train part à 7 h36, vous ne demandez pas pourquoi il ne part pas à 7 h 40 ! Un rendez-vous matinal aussi ponctuel que possible donc, malgré quelques aléas, quelques pannes aussi, comme à la SNCF.

    Des photos sans prétention. Juste mon regard en passant par les rues du Vieux Lille. Je vous en livre ici quelques unes. Je me suis bien amusé avec ces publications, en particulier parce que je me suis rendu compte que certain(e)s d’entre vous les attendaient.

    Depuis le 8 janvier 2024, j’ai commencé à poster la Saison 2 du rendez-vous de 7 h 36. Des photos en noir et blanc cette fois et avec une thématique plus précise (des fenêtres éclairées, alors que, les matins d’hiver, le jour n’est pas encore levé).

    Voilà. Ce n’est pas un événement. Juste une photo de temps en temps.

  • Une simple histoire de famille

    Ma mère aux côtés de sa grande soeur, en 1949, à Petit-Fort Philippe

    Chacun sait qu’il y a un temps où il faut poser les questions, sous peine de le regretter plus tard. Alors que je suis en train de lire « Le monarque des ombres » de l’excellent Javier Cercas, je reçois via l’un de mes cousins une photo très ancienne de ma mère en compagnie de sa grande sœur. Sur cette photo, ma mère a treize ou quatorze ans. Et alors ? me direz-vous.

    Alors, dans son livre, comme dans certains de ses autres livres, Cercas nous raconte l’histoire de l’Espagne monarchiste, puis républicaine avant de sombrer dans le franquisme, à travers le parcours d’un personnage de sa famille. Pendant les premières pages, Cercas nous laisse croire qu’il va nous conter une simple histoire de famille mais très vite on comprend qu’il nous embarque dans la grande Histoire. A l’évidence, avant d’écrire, il a pris le temps de se documenter. Il a eu accès, et c’est une chance, à de riches archives familiales et à des témoignages de première main. Plus précisément, il a su recueillir la parole des anciens avant leur disparition.

    Récemment, mon cousin a entrepris de mettre bon ordre dans de nombreuses photos et documents pour reconstituer la mosaïque, ou le puzzle, de notre famille sur une période de cent à cent cinquante ans. Un jour, peut-être, quelqu’un s’aventurera à raconter l’histoire de cette famille.

    Pour l’instant, je contemple cette photo de ma mère. Elle a été prise (par qui ?) en 1949, à Petit-Fort Philippe, dont on devine le phare en arrière-plan. Ma mère est aux côtés de sa grande-soeur, sur les bords de l’Aa qui se jette dans la Mer du Nord. Toutes deux ont traversé la guerre, les privations, la peur, l’incertitude et, dans leur sourire interrogatif, on dirait qu’elles guettent leur destin. A quoi rêvait ma mère à ce moment là? Avait-elle envie de partir ? De voyager ? D’échapper à son berceau familial ? Je ne le saurai jamais car je ne lui ai pas posé la question. Je sais seulement que quelques années plus tard elle a passé un CAP de couture avant d’entrer dans un atelier de confection à Roubaix.

  • Le dernier livre

    Coups à la porte. Je viens de finir mon café. Il est à peine 7 heures et ils sont trois, en tablier gris. L’un d’entre eux, le chef sans doute, brandit une carte du Ministère et, sans s’expliquer davantage, ils entrent.

    Je sais fort bien pourquoi ils sont là, aussi je préfère leur faciliter la tâche, histoire d’en finir rapidement.

    – Dans la pièce du fond, là-bas, vous trouverez ce que vous cherchez.

    L’un d’eux reste dans l’entrée pendant que ses deux collègues vont voir. J’attends dans la cuisine en faisant mine de boire un autre café. Très vite les deux types reviennent, porteurs chacun d’un carton.

    – On ne peut pas tout prendre maintenant, grommelle le chef en s’adressant aux deux autres. On reviendra tout à l’heure.

    Et ils partent, sans me saluer, sans un mot. Mais je n’ignore pas que le Ministère a décidé d’archiver le dernier livre. « Pour l’Histoire » a déclaré le ministre. J’en suis l’éditeur et l’ouvrage est sorti des presses depuis une semaine. Je savais que son sort était scellé et j’ai gardé les cartons chez moi. Cinq cents exemplaires au total, destinés à la confiscation.

    Depuis plusieurs années, les gens ne lisent plus. Les plus cultivés écoutent des histoires, des romans, des feuilletons, en podcast. Les autres regardent des vidéos. Les journaux ont disparu depuis longtemps et on suit l’actualité sur écran. L’actualité ou ce que l’on veut bien nous en montrer. A l’école, une intelligence artificielle anime les journées des élèves qui apprennent à s’exprimer oralement et par l’image. Les bibliothèques, les librairies, ont fermé leurs portes depuis belle lurette. Un grand musée du Livre a été inauguré l’an dernier dans la capitale. C’est précisément là qu’un exemplaire de mon ouvrage sera exposé. Un seul exemplaire. Les autres partiront au pilon. Pour ce livre, le dernier donc, le choix du texte s’est imposé comme une évidence. La Bible, dans la version imprimée par Gutenberg en 1455.

  • Avant, le centre c’était Moscou

    Ranger des archives, retrouver des dossiers, des rapports. Dans le tas : « Missions à Bakou ». C’était il y a longtemps. Trois ou quatre courts séjours sur place, entre 1998 et 2000. L’idée de survoler toute l’Europe et de me retrouver sur les bords de la Caspienne était excitante. Extrait de mon livre Jours tranquilles à l’Est (Editions Riveneuve, 2013) : 

    “Des manèges un peu désuets tournent face à la Caspienne et des hommes jouent au billard sous les arbres, devant le Musée des tapis. Je pensais arriver dans un pays figé par les rigueurs hivernales. Il fait dix degrés, le soleil brille et des femmes en blouse blanche balaient la poussière des allées du jardin public près de l’ambassade de France.

    Bakou est une grande ville. De grands et assez beaux monuments de la fin du siècle dernier s’alignent le long de larges boulevards haussmaniens. Certains sont plus vieux encore, comme cette Tour de la Vierge (car jamais conquise) au pied de la vieille ville, qui daterait du 12ème ou du 13ème siècle. “Alexandre Dumas en parle dans un de ses romans” m’assure l’un de mes nouveaux amis bakinois. L’Azerbaidjan est au carrefour des civilisations turques, persanes et russes, m’explique t-on. Il est clair que l’azeri, la langue locale, est très semblable au turc. Bien des commerces ont été ouverts par des Turcs.

    Pour ce pays indépendant depuis 1991, Istanbul redevient peu à peu la destination-phare. Avant le “centre” – comme les gens d’ici l’appellent encore – c’était Moscou. L’Union soviétique a frappé ici aussi. L’alphabet cyrillique a été imposé, la culture russe a été importée et les seules vraies références de celles et ceux qui ont fait des études sont soviétiques. Hier soir j’ai assisté au théâtre russe de Bakou à un spectacle organisé à l’occasion du soixante-dixième anniversaire d’une professeur de danse. Discours (en russe) des élèves de la vieille dame digne installée sur un fauteuil au devant de la scène, puis petites scènes de ballet des mêmes élèves. Vers la fin du spectacle, une jeune femme a déclamé un poème en azeri. Tonnerre d’applaudissements dans la salle, puis danses traditionnelles azerbaidjanaises.« 

    Il y a vingt ans, les vols en provenance de Vienne – carrefour incontournable pour se rendre « à l’Est » – arrivaient à Bakou en pleine nuit et, une heure plus pard, embarquaient les passagers pour le vol retour. J’ai consigné dans mon livre le souvenir de ces départs au coeur de la nuit bakinoise.

    “Il est trois heures du matin, rue Gorki. Sur le trottoir, devant la porte de la résidence, j’attends la voiture qui doit m’emmener à l’aéroport. La nuit est agréablement fraîche. L’épicier, au coin de la rue, m’observe vaguement, vautré sur un matelas de fortune. Les bouteilles de vodka de son étalage espèrent un noctambule qui passerait par là. La ville est presque silencieuse. A peine, au loin, une sourde rumeur. Le port peut-être. Partir, passer le contrôle de sécurité, montrer patte blanche aux douaniers, s’installer en salle d’embarquement… Rituel. Là-bas, l’avion de la Swissair m’attend. Mais la nuit est là qui me prend. Je respire plus librement. Seul sur ce trottoir du pays des Shirvanshahs, soudain j’ai le temps”.

    Ecrire, raconter les départs. Un projet, peut-être.

J’ai connu le téléphone en bakélite, les machines à écrire mécaniques, le typomètre et l’écriture manuscrite.

Aujourd’hui, je navigue sur les eaux troubles de notre monde numérique. Et j’ouvre l’oeil.

Contours flous – Textes et photos © Marc Capelle,2012- 2026