Génération Fax

Les plus de quarante ans n’ont certainement pas oublié les crachotis du fax qui, lentement, glissait dans le télécopieur. Ne pas confondre avec le bruit du modem 56 K, ce machin à bas débit qui, avec l’arrivée d’Internet, devait nous transformer en travailleurs connectés. Non, le fax, dans ses premières versions en tout cas, est un peu plus ancien encore !

Pas question de sombrer dans le « c’était mieux avant », mais alors que nous vivons tous sous la dictature de l’immédiat, on peut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps nous étions capables d’attendre, voire de réfléchir en attendant. Aujourd’hui, les mails partent et arrivent en une seconde, les tweets, les posts, pleuvent comme à Gravelotte, on pianote quelques numéros sur un écran et « on parle en visio » au tonton d’Amérique.

Donc, rappel pour les plus jeunes : autrefois, les communications n’étaient pas très point. Sans remonter à l’époque glorieuse du téléphone en bakelite (oui, je l’ai connue…), appeler un correspondant en Asie, en Afrique, en URSS, pouvait être compliqué. Les lignes étaient mauvaises. Alors, le fax pouvait nous sauver. Après avoir essayé d’appeler dix fois, vingt fois, on se décidait à rédiger puis à envoyer un fax. Bonne idée de rédiger, non ? Cela permet de poser ses idées, de mettre en forme son propos. Beaucoup mieux que les hésitations, les répétitions et les digressions des conversations téléphoniques. Alors, va pour le fax ! Mais, la course d’obstacles n’était pas terminée pour autant. Si les lignes étaient encombrées pour le téléphone, elles l’étaient pour le fax aussi. Donc, pour envoyer une simple lettre à un destinataire dans un pays un peu « compliqué » il fallait souvent s’y prendre à plusieurs reprises. Et quand il s’agissait d’envoyer une note de cinq ou dix pages, le diable des télécoms décidait parfois d’interrompre le transfert au milieu du troisième feuillet. Enervant, non ? Pas toujours, en fait. Nous devenions zen malgré nous. Aussi, parfois, nous renoncions à l’envoi. « Ce document est-il vraiment essentiel, après tout ? ».

Par la suite, dans leur grande bonté, les industriels ont fabriqué des télécopieurs qui recomposaient automatiquement les numéros occupés ou inaccessibles. On pouvait quitter le bureau le soir après avoir lancé la machine et revenir le lendemain matin en espérant découvrir l’accusé de réception du fax. Evidemment, il y avait toujours des esclaves des outils (j’en étais) qui, beaucoup moins cools, refusaient de partir avant d’avoir dompté le télécopieur.

(Non, je ne suis pas en train d’écrire mes mémoires).


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