
Ceux qui vivent depuis assez longtemps pour avoir connu les machines à écrire comprendront rapidement. Taper à la machine était un sport de combat. De nos jours, nos doigts effleurent le clavier des ordinateurs, glissent sur les touches de nos tablettes. Hier, il fallait taper pour écrire. A fortiori sur une machine ancienne et mal en point. Je me suis beaucoup exercé avec la vieille bécane sur la photo ci-dessus. Mon père l’avait trouvée dans la cave de l’office notarial où il travaillait. Une antiquité. Mais j’avais seize ans et j’étais bien content.
Je m’installais à mon bureau, un vieux bureau américain qui lui aussi venait de la cave du notaire, et j’écrivais. J’essayais en tout cas. Ici, je dois quelques explications aux plus jeunes d’entre vous. Il fallait dompter la bête avant d’aligner quelques mots. Bien entendu je ne tapais qu’avec deux doigts. Et il fallait frapper assez fort sur chaque touche pour être certain de correctement encrer le papier. Maîtriser le « retour charriot » était une étape indispensable pour aller à la ligne. Changer le ruban d’encre exigeait une certaine dextérité, surtout sur ce matériel moyenâgeux et ne perdons pas de vue que le tac, tac, tac de la machine dérangeait tout le monde.
En cas d’erreur de frappe, ou de volonté de modifier le texte, on ne pouvait comme aujourd’hui appuyer sur une touche « delete ». Il fallait extraire la feuille de papier, masquer le passage à corriger d’un coup de Tipp-Ex appliqué au pinceau, attendre le séchage du produit magique, réintroduire la feuille délicatement pour être certain de taper le nouveau texte au bon endroit. Vous comprendrez aisément (ou pas…) que dans ces conditions, je réfléchissais à deux fois avant de tenter d’écrire une histoire, une nouvelle, pour ne pas parler d’un roman.
Un jour, j’ai remisé ma chère Erika au placard et fait l’acquisition d’une machine Hermes neuve. Elle pouvait être transportée dans une mallette et était qualifiée de « portative ». Pas portable donc. C’est-à-dire qu’avec ses cinq ou six kilos, elle pesait bien plus lourd que nos ordinateurs portables contemporains. Je l’emportais chaque jour à l’école de journalisme où j’étais étudiant. Il m’a fallu attendre encore une dizaine d’années avant d’abandonner la machine à écrire mécanique et me confronter à un premier ordinateur.
Laisser un commentaire