cocktails, bals et extrême-droite

Vienne, 18 novembre 1999 – Ce soir, comme partout dans le monde, le beaujolais nouveau est arrivé à l’ambassade de France. Le tout Vienne des réceptions a été convié à fêter l’événement. Le petit monde des Français expatriés aussi. Chacun ici appartient à la bonne société et s’en félicite. Rien de trop ostentatoire cependant : il ne s’agit que d’un cocktail comme un autre et non pas de l’un de ces soixante-dix bals qui de novembre à avril agitent la crème de la ville. Le bal du Quadrille, le bal de l’Université Polytechnique (“Un des meilleurs” m’explique en connaisseur le très stylé intendant de l’ambassade), le bal de l’Opéra… Vienne vit encore dans le passé. Il était une fois un empire…

Il y a quelques jours, plusieurs milliers de personnes ont manifesté – fait rarissime en Autriche – à Vienne, contre la montée en puissance du FPÖ, le parti du très nationaliste Jörg Haider qui vient de réaliser le score inquiétant de 27% aux élections législatives, devenant ainsi la deuxième force politique du pays. Haider, la cinquantaine bronzée et spor- tive, estime que les SS sont respectables et que la politique de l’emploi du 3ème Reich était bonne. Rien de moins. On parle à Vienne du spectre d’une coalition conservateurs-nationa- listes pour la constitution du nouveau gouvernement. C’en serait fini – mais à quel prix ? – de l’alliance entre les mêmes conservateurs et les sociaux-démocrates qui depuis trente ans occupe le pouvoir. “Mais les conservateurs n’oseront pas aller jusqu’au bout” m’assure l’attaché de presse de l’ambassade de France.

Je suis logé dans la “chambre du ministre”, à la résidence de l’ambassade. Le grand jeu. “Mais l’ambassadeur est comme çà !” me dit l’un de ses collaborateurs. On me présente à Jean Cadet et à son épouse. On m’explique comment entrer et sortir dans ce palais qui pour être de style Art Nouveau n’en est pas moins sérieusement gardé. On me demande ce que je souhaite prendre au petit-déjeuner. Ce soir, pour moi, la République est royale.

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4 février 2000 – Le FPO (Freiheitliche Partei Österreichs), parti de Jörg Haider, obtient six postes de ministres sur les douze que compte le nouveau gouvernement conduit par Wolfgang Schüssel, leader du parti conservateur et ministre des Affaires étrangères du précédent cabinet. Le tollé est général en Europe, l’Autriche et son passé montrés du doigt, Israël et les Etats-Unis rappellent leurs ambassadeurs à Vienne…

(Extrait de mon livre « Jours tranquilles à l’Est » – Editions Riveneuve, 2013)


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