La coopération internationale peut-elle disparaître ?

Dans les locaux de Radio Belekan, à Kati (Mali) en 2005. Photo © Marc Capelle

L’actualité nous le démontre chaque jour : nous allons vers un monde de plus en plus dur. Guerres, réchauffement climatique, développement des phénomènes migratoires, affrontement entre les démocraties et les dictatures ou les régimes autoritaires… Les sujets de tensions qui peuvent nous amener à réorganiser nos priorités ne manquent pas.

Dans ce contexte, on peut se demander si la coopération internationale a encore de beaux jours devant elle. Encore faut-il s’entendre sur ce concept de « coopération internationale ». Evacuons tout de suite l’humanitaire. Il ne s’agit pas de cela. On pense plutôt ici aux projets montés entre partenaires de pays différents et qui ne relèvent pas du simple domaine des affaires, pour ne pas dire du business international. Ces projets peuvent concerner des domaines aussi variés que l’agriculture, la médecine, les médias, la formation, la justice, la sécurité… Le partenariat met généralement en relation des équipes d’un ou plusieurs pays qui possèdent le savoir-faire nécessaire, avec des équipes des pays demandeurs de cette expertise.

Point essentiel à retenir : pour qu’un projet ait une chance de réussir, il faut établir un partenariat réel et sincère, basé sur une identification sérieuse des besoins et une demande clairement exprimée. Sans véritable demande, pas de projet, sauf à vouloir s’imposer.

Bon nombre des projets de coopération internationale sont mis en œuvre grâce à des financements publics. Dans le cas de la France – mais pas seulement elle – une bonne part de ces projets relèvent de l’aide au développement, terme qui dans le contexte tendu actuel peut être perçu comme une marque de condescendance. Les pays du Nord (riches) viendraient ainsi en aide aux pays du Sud (pauvres). Pour les uns, il s’agit solidarité, et d’autres y voient de la charité mal placée.

Ces questionnements ont toujours existé. Au cours d’une vingtaine d’années de pratique dans ce fameux domaine de la coopération internationale, j’ai entendu ces critiques à maintes reprises. De fait, les financeurs, encore appelés bailleurs de fonds, accordent généralement leurs crédits à des projets dont ils estiment qu’ils servent directement ou indirectement leurs intérêts, ne serait-ce qu’en terme d’influence. Il faut d’ailleurs beaucoup d’énergie et d’habileté aux petits opérateurs de ces projets pour diversifier suffisamment leurs sources de financement pour dépendre le moins possible de ces considérations diplomatico-politiques.

Et aujourd’hui ? Pour ne prendre que l’exemple du continent africain, on observe dans plusieurs pays des bouleversements rapides et majeurs et une remise en cause brutale de bien des accords ou alliances. La coopération internationale fera t-elle les frais de cette nouvelle donne ? Les troupes françaises et des diplomates sont contraints de quitter plusieurs pays. Aussi, qui peut affirmer qu’une organisation aussi puissante que l’Agence française de Développement ne sera pas priée, dans les pays où elle intervient, d’abandonner les projets en cours ? Pour céder la place à des acteurs russes ou chinois ? Et quid des acteurs plus modestes, souvent engagés depuis plusieurs années, dans des partenariats fructueux ? Vont-ils devoir tout arrêter parce que leurs financeurs, à Paris, à Berlin ou à Washington auront décidé que le vent a tourné ? C’est bien entendu déjà arrivé au cours des dernières décennies. Mais, cette fois, au regard du nouvel état du monde qui s’annonce, le repli ne risque t-il pas d’être autrement plus important et durable ?

En point d’orgue de cette inquiétude, on rappellera enfin que ce sont des équipes d’hommes et de femmes qui mettent en oeuvre les projets de coopération internationale. Des équipes qui se découvrent, qui apprennent à communiquer, à travailler ensemble et à échanger. Au fil des années, ces relations alimentent et enrichissent la perception que l’on peut avoir de l’autre. Pour celles et ceux qui sont sincèrement engagés sur ce terrain, devoir mettre la clé sous la porte est toujours un déchirement.

Marc Capelle


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